Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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Sur la gauche, on rencontra tout de suite un second cours d'eau, la Wilya, qui baigne Wilna et vient ensuite, par un long circuit, rejoindre le Niémen, où elle se jette immédiatement au-dessous de Kowno. Il était indispensable de franchir cet affluent et de savoir ce qui se passait au delà, car une attaque des ennemis pourrait se prononcer de ce côté et venir sur notre flanc, tandis que le gros de l'armée marcherait sur Wilna. Le 13e d'infanterie de ligne fut chargé de trouver un gué sous les yeux mêmes de l'Empereur. Comme la recherche se prolongeait, le colonel de Guéhéneuc, qui commandait le régiment, fatigué d'attendre, demanda des hommes de bonne volonté pour passer à la nage et reconnaître la rive opposée. À cet appel, trois cents soldats sortent des rangs et s'acquittent au mieux de leur dangereuse besogne. Aussitôt leur succès fait des jaloux, la témérité devient contagieuse. Un certain nombre de cavaliers français et polonais se tenaient au bord de la Wilya; la présence de l'Empereur les excite à se distinguer, les exalte, les rend fous d'intrépidité; et voici tous ces hommes à l'eau, avec leur monture, leurs armes, leur équipement, s'efforçant ainsi empêtrés de gagner la rive droite. Mais le courant était rapide, impétueux; il les entraîne et les roule; on voit plusieurs de ces malheureux lutter péniblement contre la violence du torrent, puis faiblir, s'épuiser, s'abandonner, et enfin, calmes et désespérés, s'enfoncer dans l'abîme en poussant un dernier «Vive l'Empereur!» Au spectacle de cette détresse, le colonel de Guéhéneuc n'écoute que son courage: sans ôter son brillant uniforme, il éperonne lui-même son cheval et le pousse dans les flots; il s'élance au secours des cavaliers, et il est assez heureux pour ressaisir l'un d'eux, qu'il ramène triomphalement sur la berge. L'Empereur l'accueillit froidement après cet exploit; il trouva que son action, fort louable chez un particulier, l'était moins chez un chef de corps placé en face de l'ennemi et ne devant plus qu'à la patrie seule le sacrifice de son existence. Tout en organisant lui-même avec grand soin le sauvetage des cavaliers, dont un seul fut perdu, il reprocha au colonel, comme un gaspillage d'héroïsme, son élan de bravoure et d'humanité 611.