Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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Elles commençaient à arriver, à surgir de tous les points de l'horizon. C'étaient d'abord les avant-gardes, les états-majors, les batteries légères accourant au grand trot pour couronner les hauteurs; puis les masses profondes, infanterie, cavalerie, artillerie. Elles débouchaient par tous les chemins, s'élevaient sur les pentes, emplissaient les vallons, et rapidement montait cette inondation d'hommes. L'Empereur considérait ce spectacle et donnait les ordres nécessaires pour le placement des corps, mais sans entrain, sans animation, sans ce feu dans le regard qui lui était habituel. Lui, «si gai d'ordinaire, si plein d'ardeur dans les moments où ses troupes exécutaient quelque grande opération, fut pendant toute la journée très sérieux et très préoccupé 607»; il restait sous l'empire d'un malaise visible et d'une impression fâcheuse. Un peu courbaturé, depuis sa chute de cheval, et surtout attristé, il se retirait de temps à autre sous sa tente, pour y trouver la fraîcheur et l'ombre, car l'air était étouffant, la chaleur énervante, le ciel tour à tour ardent et lourd, avec des éclaircies resplendissantes et de subits obscurcissements. Au bout de quelques instants, il ressortait, s'asseyait sur un pliant placé devant sa tente, feuilletait un gros registre rouge qui le renseignait sur les effectifs russes, puis s'interrompait et songeait. Superstitieux comme César, il pensait à son accident; il en parlait quelquefois, affectait d'en plaisanter, mais son rire sonnait faux et s'arrêtait court; il s'irritait de lire sur plusieurs visages une inquiétude qui correspondait à la sienne, et malgré tous ses efforts pour paraître imperturbablement confiant et gai, il sentait sourdre en lui une secrète anxiété.