Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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Avec des alternatives de bonne et de mauvaise foi, la Prusse avait imploré pendant six mois l'alliance française. Depuis que l'Empereur avait cessé de lui répondre, la jugeant trop pressée, elle croyait reconnaître dans ce silence un refus de traiter, l'indice d'une méfiance impossible à vaincre et de desseins sinistres. L'audace d'un faussaire l'affermit dans cette erreur. Sa diplomatie avait acquis du policier-auteur Esménard, dont nous avons signalé les louches trafics et conté la mésaventure, un prétendu mémoire portant la date du 16 novembre 1810 et attribué au duc de Cadore, alors ministre des relations extérieures; ce mémoire concluait à la nécessité d'anéantir totalement la Prusse, présentée comme dangereuse et incorrigible ennemie. Un examen attentif de la pièce en eût démontré facilement la fausseté. Il n'est pas certain, au reste, que la chancellerie de Berlin l'ait tenue pour pleinement authentique, mais sans doute l'accueillit-elle comme un écho des projets qui se tramaient aux Tuileries, comme une pièce apocryphe fabriquée sur documents vrais 311. Rapprochant cette découverte du mutisme désespérant de l'Empereur, elle arriva à l'affolante conviction que Napoléon avait jugé et condamné définitivement la Prusse, qu'il avait rendu contre elle, dans le secret de sa pensée, une sentence sans appel, et qu'il était résolu à l'effacer de la carte avant de se porter contre la Russie.