Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
Reading edition
Il y avait une autre cause de lenteur: c'était l'opposition sournoise de Roumiantsof à l'accord en préparation avec la Suède, au pacte qui exclurait toute possibilité de rapprochement avec la France. Le chancelier cajolait l'envoyé suédois, se disait pleinement guéri de ses illusions, rallié de coeur au système actuel de son souverain, aussi ennemi que lui de Napoléon et de la paix; mais Loewenhielm ne se méfiait pas moins de «ce nouveau converti, à chaque pas près d'être relaps 441». Même, il reconnut bientôt que la ferveur de fraîche date dont Roumiantsof faisait étalage n'était rien moins que sincère, et que ce ministre suivait toujours en secret son ancienne religion politique. Désigné par ses fonctions pour discuter officiellement les termes du traité, Roumiantsof soulevait des objections à chaque article et trouvait moyen de répondre à toute réquisition par quelque phrase vague et «très entortillée 442». Heureusement pour Bernadotte, l'aide de camp diplomate avait su se ménager des accès familiers auprès de l'Empereur, le droit de s'adresser à lui directement, et chacun de ces recours aboutissait pour l'épineuse affaire à un pas de plus en avant 443. Alexandre Ier, voyant nos armées couvrir l'Allemagne, voyant nos colonnes avancer toujours, dépasser l'Elbe, puis l'Oder, et s'allonger jusqu'à proximité de la Vistule, sentait mieux l'urgence d'un secours, le besoin de saisir la main qu'on lui tendait, de prendre Bernadotte pour guide et pour «boussole» dans la tourmente 444. Il stimulait, aiguillonnait son vieux ministre, multipliait les ordres «précis et clairs 445», si bien que vers le milieu de mars la négociation parvint à maturité.