Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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Au fond, était-il intimement résolu à exécuter cette dernière partie de son plan? Nanti de la Norvège, irait-il risquer une pointe aventureuse en Allemagne, entamer contre Napoléon une lutte directe et se rendre tout retour impossible? On peut croire, d'après certains indices, qu'il entendait se servir des Russes plutôt que les servir sans réserve. Dans l'acquisition de la Norvège, il voyait moins un moyen de se mêler dès le début et matériellement à la guerre que de s'en désintéresser tout d'abord et de n'y intervenir qu'à coup sûr. Réfugiée désormais et fortement établie dans la péninsule Scandinave, sans autre point de contact avec l'Europe continentale que les déserts de Laponie, la Suède se trouverait à peu près hors d'atteinte: protégée par les flottes de l'Angleterre, elle participerait à son invulnérabilité: elle pourrait attendre commodément le résultat du duel franco-russe et se faire respecter du vainqueur, quel qu'il fût. Seulement, pour que l'empereur Alexandre se prêtât à ce dessein, il ne fallait rien moins que de lui faire espérer un ensemble de mirifiques avantages. Ces promesses auraient en outre pour effet de le disposer plus sûrement à la guerre, de le rendre sourd aux derniers appels de Napoléon; elles précipiteraient le désordre général dont Bernadotte avait besoin pour pêcher en eau trouble et saisir sa proie. La rupture définitive entre la France et la Russie était indispensable au succès de son plan, et c'est pourquoi il comptait s'en faire l'artisan le plus actif. Sur cette intention perturbatrice, certaines paroles du chancelier de cour Wetterstedt, son confident, ne laissent aucun doute: «Dans l'état actuel des choses, disait Wetterstedt au conseil des ministres, le plus grand malheur qui pût frapper la Suède ne serait pas de voir éclater la guerre, mais de trouver chez nos voisins une obéissance continue aux ordres de la France. Je répète encore une fois que, quelle que soit la résolution qu'on ait à prendre, on ne doit compter sur la coopération de la Russie qu'après que la guerre aura éclaté entre cette puissance et la France 431.» Le comte de Loewenhielm, d'après ses instructions écrites et verbales, définissait ainsi le double objet de sa mission en Russie: «l'acquisition de la Norvège et l'éloignement d'un rapprochement inattendu avec la France 432.»