← Table of contents
Napoléon et Alexandre Ier (3/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)

Reading edition

À l'invocation suprême qui lui était venue de Berlin, à ce cri de détresse, Metternich avait pu mesurer l'effroi et le péril de la Prusse: il avait compris que cette puissance touchait aux résolutions extrêmes: tiraillée entre les deux empereurs rivaux, elle allait se jeter vers l'un ou vers l'autre. Or, il importait essentiellement aux Autrichiens de ne point se laisser surprendre par cette évolution, en quelque sens qu'elle se fît. Si la Prusse consommait son accord avec la Russie et se serrait contre elle pour résister à nos exigences, Napoléon l'attaquerait infailliblement; suivant toutes probabilités, il l'écraserait du premier coup et la mettrait en pièces. En ce cas, l'Autriche éprouverait une juste commisération et se trouverait des larmes pour cette grande infortune; toutefois, après avoir payé ce tribut aux convenances, n'aurait-elle pas à exercer des reprises sur la succession de sa voisine? Depuis un siècle, la Prusse s'était formée et arrondie aux dépens de tout le monde: dans les dépouilles de cet État fait de rapines, chacun reconnaîtrait et retrouverait son bien: l'Autriche en particulier ne serait-elle pas fondée à rappeler que la Silésie lui avait été indûment soustraite par Frédéric II et revenait de droit à son ancien possesseur? Seulement, pour qu'elle élevât avec succès cette revendication, il était nécessaire qu'elle se fût placée auparavant dans les bonnes grâces du suprême distributeur des territoires et des provinces; un traité d'alliance avec l'Empereur lui serait un titre pour se présenter au partage de la Prusse. Que si la Prusse, au contraire, cherchait son salut dans la soumission et s'unissait à la France, avant que l'Autriche eût pris le même parti, l'empereur Napoléon, assuré de l'une des deux puissances germaniques, aurait moins besoin de l'autre et lui ferait des conditions moins douces: la concurrence prussienne mettrait à plus bas prix l'alliance de l'Autriche: cette cour se trouverait distancée et prévenue, et c'est pourquoi, dans la seconde hypothèse autant que dans la première, elle ne pouvait trop tôt s'accorder avec Napoléon et se mettre en règle aux Tuileries 353. Donc, dès le 28 novembre, tandis que Metternich se préparait à nourrir quelque temps les illusions de Scharnhorst et à prolonger les incertitudes de la Prusse, il avait invité Schwartzenberg à prendre les devants auprès de l'Empereur, à entrer franchement en matière, et c'est ainsi que Napoléon, quand il aborda avec l'ambassadeur la question de l'alliance, trouva un homme qui se disposait à lui en parler.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings