Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 2)
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Le 29 et le 30, deux longues conversations s'étaient engagées entre Poniatowski et le ministre de France. D'abord, le prince Joseph s'attacha à bien établir qu'il demeurait en pleine possession de son sang-froid, qu'il se défendait contre l'exaltation propre à ses compatriotes et souvent nuisible à la rectitude de leur jugement: suivant lui, on ne devait point attribuer ses paroles «à ce zèle indiscret qui grossit le danger pour accélérer le secours et qui, peut-être, veut amener un éclat en ayant l'air de le craindre 181». Cette précaution prise, il entra en matière. D'un ton calme et pénétré, avec l'accent d'une conviction indéracinable, il dit que le duché avait été tout récemment à deux doigts de sa perte: que l'empereur Alexandre avait eu l'intention de l'assaillir, d'y jeter une armée, d'appeler cet État à se fondre dans une Pologne unie et rivée à la Russie; cette absorption eût été le premier acte d'une grande guerre contre la France. Et Poniatowski d'ajouter qu'il ne parlait point par ouï-dire, d'après de simples présomptions, d'après des indices plus ou moins sûrs: il avait eu la preuve matérielle de ce qu'il avançait: il l'avait vue et touchée, tenue entre ses mains. Il savait les desseins de l'empereur Alexandre avec la même certitude qu'il connaîtrait les intentions de l'empereur Napoléon «s'il avait lu les lettres de Sa Majesté 182»: impossible de faire entendre plus clairement, à moins de le dire en propres termes, que les instructions données par Alexandre à ses partisans en Pologne lui avaient été communiquées mot pour mot, et que l'écriture même du Tsar avait passé sous ses yeux.