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Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 5)

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Son but, c'est de renverser en Europe le pouvoir usurpé de la France; son moyen, c'est d'abord de prononcer la reconstitution de la Pologne, de s'en déclarer roi, de jeter en même temps sur Varsovie cent mille Russes, qui seront «renforcés tout de suite par cent mille autres 658», et auxquels les soldats du duché seront invités à se réunir. Si cette fusion s'opère, la première ligne des défenses françaises se trouvera du même coup anéantie, la Vistule dépassée, Dantzick isolé et tourné: la Russie, rassurée par la parole de Bernadotte contre toute crainte de diversion sur son territoire, pourra atteindre l'Oder et paraître à l'entrée de l'Allemagne. Là, fortifiée immédiatement de la Prusse, elle présentera une masse de trois cent trente mille combattants, qui sera portée à plus de cinq cent mille «si l'Autriche, moyennant des avantages qu'on lui offrira, entre de même en jeu contre la France 659». En Allemagne, la patience semble à bout; à la vue des armées libératrices, l'entraînement sera universel et la défection contagieuse; le patriotisme exaspéré, la haine de l'étranger, l'amour de l'indépendance, vaudront sans cesse à la coalition de nouveaux membres; ces nobles passions, qui faisaient jadis la force et le ressort des Français, combattront aujourd'hui avec la Russie et, changeant de camp, déplaceront la victoire. Mais le concours des Polonais du duché, au début de l'opération, est indispensable pour en assurer le succès et même la possibilité. C'est entre les mains de ces cinquante mille hommes que se trouve placé, en définitive, le sort de l'Europe. Seront-ils au premier qui leur offrira, «non la probabilité, mais la certitude de leur régénération 660»? Peut-on attendre d'eux, si on réalise toutes leurs espérances, qu'ils rompent à ce prix leurs attaches avec Napoléon et se décident à un changement de front instantané? Alexandre est prêt à leur donner une parole solennelle, à leur promettre une constitution libérale, une patrie qui comprendra, avec le duché, les provinces russes, et qui s'accroîtra vraisemblablement de la Galicie autrichienne; mais il tient, avant de rien tenter, à acquérir la certitude de leur adhésion. Que Czartoryski parle donc, avec les précautions convenables, aux principaux chefs de la nation et de l'armée, à ceux dont la discrétion est certaine, qu'il sonde leurs cœurs, qu'il leur fasse part des propositions russes, qu'il recueille leurs engagements. Dès qu'Alexandre aura reçu les réponses et les garanties nécessaires, il donnera le signal, et le grand œuvre s'accomplira 661. En attendant, il se charge d'entretenir la quiétude de Caulaincourt et de donner le change à Napoléon: il ne lui en coûte point d'inspirer une trompeuse sécurité au monarque dont il s'est tant de fois proclamé l'ami et qu'il médite aujourd'hui d'assaillir par surprise. La légitimité du but excuse à ses yeux le choix des moyens, et l'acte initial de l'entreprise, cette restauration de la Pologne qui effacera la grande iniquité du passé, le séduit par un côté de magnanimité, de désintéressement et de justice. Il ira à ses fins par les voies du mensonge et de la ruse, mais il se plaît à l'idée de commencer par une mesure réparatrice la délivrance de l'Europe, et son extraordinaire projet l'explique tout entier, le montre sous tous ses aspects, à la fois généreux, chimérique et faux.

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