Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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Le jour où l'Impératrice sort de Vienne, en grand appareil, toute une partie de la ville a arboré les couleurs tricolores; les musiques jouent nos airs nationaux, et cette irruption des refrains révolutionnaires dans la capitale du Saint-Empire étonne comme un signe des temps. Plus loin, c'est la remise de l'Impératrice aux commissaires désignés par l'Empereur, à Braunau, dans un pavillon mi-partie français, mi-partie autrichien, où les représentants de la plus fière aristocratie d'Europe échangent politesses et cordialités avec des nobles d'hier, titrés par la victoire: c'est la fille des Habsbourg passant aux mains d'une Bonaparte, reçue et complimentée par la reine de Naples, tandis que les soldats des deux escortes, gardes nobles de Vienne et chasseurs français, hussards hongrois et grenadiers de Friant, se groupent autour des mêmes tables, sous des berceaux de verdure, et fraternisent gaiement, comme naguère Français et Russes ont choqué leurs verres au banquet de Tilsit. Plus loin encore, ce sont les villes allemandes, Munich, Augsbourg, Ulm, Stuttgard, Rastadt, qui se pavoisent, se décorent, se fleurissent et s'illuminent sur le passage du cortège: ce sont les rois et les princes de la Confédération venant saluer l'auguste épousée, confondant dans leurs hommages le protecteur d'aujourd'hui et le suzerain d'hier, Napoléon et François, et partout les populations, inhabiles à saisir les nuances, à distinguer un lien de famille d'un accord politique, une réconciliation d'une alliance, acclamant le mariage comme le gage de l'union conclue entre les deux maisons impériales pour fonder en commun le régime nouveau de l'univers: c'est cette alliance qui n'existe pas encore annoncée de toutes parts, célébrée en prose et en vers, par des discours, des toasts, des poèmes, à grand renfort d'allusions et de métaphores, figurée par des groupes mythologiques, proclamée par les inscriptions qui se détachent au front des arcs de triomphe, par les devises qui flottent au vent dans les plis des drapeaux et des banderoles, par les écussons où s'accolent l'aigle romaine de Napoléon et l'aigle héraldique d'Autriche: c'est le lyrisme officiel rivalisant d'inventions avec l'enthousiasme naïf des foules, l'imagination française et le sentimentalisme allemand s'unissant pour symboliser sous mille formes l'hymen des deux États, pour en multiplier à l'infini les emblèmes, pour en dresser sur quatre cents lieues de parcours, de Vienne à Paris, à travers cinq États et vingt villes, la transparente allégorie 425.