Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
Reading edition
Quelle différence avec les paroles qui lui venaient de Vienne, toutes de douceur et d'abandon! Après s'être résignée courageusement à son sacrifice, la cour d'Autriche tenait à s'en faire honneur et profit, en y mettant toute la bonne grâce possible, et la nation, avec son affabilité naturelle, sut à merveille comprendre et traduire cette intention. Dès les jours qui précédèrent l'arrivée du maréchal Berthier, il parut que les fêtes données à l'occasion du mariage n'auraient pas seulement un caractère officiel, mais «seraient vraiment nationales».--«Chacun s'en occupe, écrivait Otto, comme s'il s'agissait de l'établissement d'une personne de sa propre famille 412.» Pas un habitant qui ne manquât à embellir et à décorer sa maison, qui ne prêtât la main aux préparatifs de la réception, qui ne s'y mît avec entrain. L'empereur François voulait tout ordonner et diriger par lui-même, s'affairait beaucoup, tout à la fois bienveillant et méticuleux: «depuis très longtemps, on ne l'a vu plus content, plus ému, plus occupé 413.» À l'arrivée du maréchal, ce fut une série de scènes mémorables et splendides--l'entrée triomphale de l'ambassadeur extraordinaire, ses audiences de cérémonie, la réception par l'archiduchesse des députations venues de toutes les parties de la monarchie, enfin le mariage par procuration, où l'archiduc Charles représenta l'empereur des Français. Et ce qui frappait dans ces solennités, c'était moins encore l'affluence des spectateurs, l'épanouissement des visages, l'éclat et l'incroyable diversité des costumes et des uniformes, le luxe inouï des femmes qui semblaient fléchir «sous le poids des diamants et des perles 414», c'était moins le grand air et le faste de haut goût propres à la maison d'Autriche, que certaines attentions délicates et touchantes, où les membres de la famille, de la cour, semblaient mettre tout leur cœur. Berthier avait été annoncé, par communication officielle, «comme le compagnon de l'Empereur et celui qu'il honore du titre de son ami 415». Cette qualité, plus que son rang de prince souverain et de vice-connétable, lui valut les plus flatteuses prérogatives. Les dames de la plus haute noblesse «venaient lui faire la première visite: distinction dont un prince étranger n'a peut-être jamais joui dans cette ville 416». Les archiducs s'effaçaient devant lui, et lorsqu'il s'excusait de prendre le pas sur eux, ils affectaient, avec une simplicité charmante, d'oublier la différence d'origine pour s'attacher à la similitude de carrière, s'honoraient d'être soldats eux-mêmes et de tenir le maréchal pour leur ancien: «Nous sommes militaires aussi, disaient-ils, et vous êtes notre aîné 417.»