← Table of contents
Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)

Reading edition

L'Impératrice n'avait pas seulement opposé à toute idée de mariage la révolte de ses préjugés, ses alarmes maternelles, ses mille objections de princesse méticuleuse et timorée: elle avait invoqué des raisons d'État. Avec une perspicacité redoutable, elle avait signalé l'éternel point faible de la politique napoléonienne dans ses rapports avec la Russie, en montrant que les offres et les concessions de l'Empereur coïncidaient toujours avec quelque demande de service. «L'empereur Napoléon, avait-elle dit, ne tient pas à la Russie par principe et par sentiment, mais par besoin momentané de son concours; l'alliance actuelle n'est qu'une chose de circonstance pour paralyser le Nord pendant qu'on soumet le Midi.» Si Napoléon avait voulu faire du mariage la consécration d'un système durable, il eût préparé les choses par une longue suite d'égards et de procédés, au lieu d'agir par caprice: «il n'aurait point abreuvé l'empereur Alexandre de dégoûts à cause des Polonais; les paroles amicales ne sont venues qu'avec le divorce; on n'a proclamé ses sentiments pour la Russie qu'en même temps qu'on a divorcé». Les assurances que Napoléon donne aujourd'hui sont-elles sincères? Ne sont-elles pas démenties par certaines démarches secrètes, qui attestent sa profonde duplicité 377? Encore si l'on pouvait espérer, par la princesse qu'on lui donnerait, agir sur lui et le tenir! Mais la grande-duchesse Anne est incapable de prendre quelque ascendant sur un tel mari: «C'est une femme douce, extrêmement bonne, plus recommandable par ses qualités que par son esprit; elle n'a point le caractère de sa sœur Catherine, qui à cette distance, et vu celui de l'empereur Napoléon, aurait au moins offert une espèce de garantie de son bonheur ou de la manière dont il se serait conduit et de l'espèce d'influence qu'elle aurait pu avoir. Celle-ci n'offre aucun de ces avantages ni pour elle ni pour la Russie, elle ne fera qu'une femme soumise et vertueuse, elle ennuiera peut-être 378.» En un mot, suivant Marie Féodorovna, en se prêtant au vœu impromptu de Bonaparte, la maison impériale de Russie eût sacrifié sans profit sa dignité, l'avenir d'un de ses enfants, et se serait inutilement mésalliée.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings