Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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Il faut reconnaître que le langage de certains Autrichiens était fait pour justifier cette douleur et ces craintes. De tout temps, l'Autriche a montré une facilité singulière à déplacer ses ambitions, à évoluer suivant les circonstances, à profiter d'une position géographique qui lui permet tour à tour de peser sur l'Occident et de refluer vers l'Orient. Depuis plusieurs années, il existait à Vienne un parti moins antifrançais qu'antirusse: peu nombreux jusqu'alors et réduit au silence, il estimait que l'Autriche, au lieu de s'acharner à une lutte désastreuse contre le grand empire de l'Ouest, devait au contraire s'appuyer et s'adosser à lui pour s'opposer aux convoitises orientales de la Russie, pour combattre et refouler cette puissance, pour s'étendre dans la région du Danube, pour y transporter et y réédifier sa fortune. Aujourd'hui que l'accord avec la France, repoussé jusqu'alors par le sentiment général et jugé d'ailleurs impossible, semblait fait par miracle et comme tombé du ciel, ce groupe élevait la voix, se déclarait, et ses appels éveillaient dans certaines parties de la nation, dans la jeunesse, dans l'armée, de belliqueux échos. Brave et malheureuse, lasse d'être toujours battue, l'armée aspirait à trouver quelque part l'occasion de vaincre, fût-ce aux dépens d'anciens alliés, et sentait comme une velléité de prendre sa revanche sur la Russie des défaites infligées par la France. Des officiers autrichiens venaient trouver ceux des nôtres qui étaient restés à Vienne: «Faites en sorte, leur disaient-ils, que nous puissions nous battre à côté de vous; vous nous en trouverez dignes 400.» Les Russes, cajolés jusqu'alors, surprenaient des allusions malséantes et des propos hostiles; ils disaient avec un douloureux étonnement: «Il n'y a que quelques jours que nous étions tous très considérés à Vienne. Aujourd'hui, on adore les Français, et tout le monde veut nous faire la guerre 401.»