← Table of contents
Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)

Reading edition

Dans cette résidence où l'étiquette adoucissait ses lois, où l'existence que l'on menait ressemblait à la vie de château plus qu'à celle de cour, les occasions de voir et d'entretenir le maître se multipliaient. Le soir, lorsque l'Impératrice s'était retirée, l'Empereur retenait Metternich et prolongeait, seul à seul avec lui, ces interminables causeries d'après minuit où il aimait à s'épancher. Arpentant à pas pressés la grande galerie du palais, recommençant cent fois le même tour, il s'abandonnait à ce besoin de parler qui croissait en lui avec l'âge, avec l'omnipotence, et parfois l'aube blanchissante s'annonçait aux fenêtres sans que sa conversation eût pris fin. Dans «ces soirées nocturnes», suivant l'expression que l'empereur Alexandre avait rapportée de Tilsit, Napoléon abordait maintenant avec Metternich les sujets les plus hauts et les plus intimes, énonçait des projets grandioses et parfois chimériques, revenait ensuite à des détails d'intérieur et de famille, faisait par brusques et continuels éclairs briller son esprit, resplendir son génie, montrait l'étonnante luxuriance de sa pensée, mais laissait aussi percer ses faiblesses. Son orgueil, le plus grand et le plus justifié qui fut jamais, descendait parfois jusqu'à la vanité. Un soir, il expliqua longuement à Metternich comme quoi les Bonapartes étaient de bonne race, comme quoi leur famille comptait parmi les plus anciennes de leur île et valait certainement celle des Pozzo; tenant le sceptre du monde, il n'oubliait point ses haines corses et ses étroites rivalités de jeunesse 468.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings