Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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Comment concilier ces deux entreprises opposées, destinées à se suppléer l'une l'autre? Le bruit du traité en préparation était venu jusqu'aux Polonais: il les avait émus, consternés; il ne les disposait guère à écouter les suggestions de cette Russie qui élaborait en même temps un acte destiné à combler leur infortune. Czartoryski ne s'était point privé d'indiquer au Tsar cette objection: il s'était montré surpris que Sa Majesté s'occupât encore des objets dont elle l'entretenait «en présence de la convention négociée avec la France»; était-ce donc, demanda-t-il timidement, que Napoléon aurait refusé sa ratification?--«Sa Majesté répondit avec quelque embarras que cela n'était point ainsi, que c'était M. de Champagny qui avait voulu mettre dans le traité des expressions et des articles allant jusqu'à détruire le nom polonais, mais qu'elle avait changé ces articles, et que la convention ainsi modifiée avait été de nouveau expédiée à Paris.» Ainsi, prenant audacieusement le contre-pied de la vérité, Alexandre imputait au cabinet de Paris ses propres et impitoyables exigences; il lui en attribuait l'initiative, en rejetait sur lui la responsabilité et l'odieux: Napoléon avait-il tort de croire que le but de la Russie était moins de le lier moralement que de le perdre auprès des Polonais et de lui enlever ses moyens matériels de défense, moins de le tenir captif sur parole que de le désarmer? Sans accorder une créance absolue aux explications d'Alexandre, Czartoryski se mit au travail qui lui avait été demandé. Après plusieurs jours d'étude et de réflexion, il rédigea un mémoire et le porta à l'Empereur. Trois semaines environ s'étaient écoulées depuis leur premier entretien. Durant cet intervalle, les événements avaient marché: la célébration du mariage à Paris, avec ses détails caractéristiques, les apparences croissantes de l'intimité entre la France et l'Autriche, avaient fait sur Alexandre une impression profonde et terrifiante. Il n'y avait plus à en douter: c'était l'échec définitif de son système, la mise en déroute de ses espérances, un Austerlitz diplomatique. Czartoryski fut frappé de sa «contenance pleine d'abattement et de découragement»: ce fut à cet instant qu'il lui retrouva dans le regard l'expression de stupeur déjà remarquée après l'écrasante journée du 2 décembre 1805, alors que le jeune monarque et son état-major quittaient au galop le champ de bataille, emportés par le torrent de la défaite, et qu'au loin, derrière eux, s'élevaient et se prolongeaient les acclamations des Français victorieux, saluant leur empereur qui passait dans leurs rangs 450. Aujourd'hui encore, comme en 1805, on n'avait su rien prévoir ni rien prévenir; on s'était laissé surprendre par un désastre, dont les conséquences se déroulaient et se précipitaient de toutes parts. Se jugeant menacé et talonné par un péril implacable, Alexandre demandait à tout prix un moyen de salut, cherchait instinctivement une arme pour se défendre.