Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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Modération tardive, éphémère et d'ailleurs inutile! Le combat entre la France et l'Angleterre, éternel obstacle à la pacification générale, demeurait un duel à mort, qui ne se terminerait que par la rentrée de la première dans ses anciennes limites ou l'anéantissement de la seconde, et ce caractère imprimé à la lutte dès le début des conquêtes de la République se développait d'un mouvement inexorable. Pour ne point demeurer sous le canon d'Anvers, pour ne pas laisser la France s'emparer de l'Escaut, l'Angleterre avait organisé la coalition et pris l'Europe à sa solde; par là, elle s'était exposée à voir Napoléon, victorieux de tous les ennemis qu'elle lui avait successivement suscités, la menacer et la viser de partout, du Texel, de Hambourg, de Danzig, de Trieste, de Corfou, d'Italie et d'Espagne, dresser en face d'elle une Europe française. Plutôt que de laisser au vainqueur une partie même de ses avantages monstrueux, elle devait persévérer jusqu'au bout dans une lutte qui l'épuisait, qui mettait sa constance à de suprêmes épreuves, mais qui lui laissait l'espoir chaque jour renouvelé et mieux justifié de tout reprendre, en poussant Napoléon à tout risquer dans de plus lointaines et plus chanceuses entreprises. Vainement la France s'essaye-t-elle à croire une dernière fois que Napoléon peut et veut s'arrêter, qu'il va clore sa carrière de conquérant, s'immobiliser dans l'attente de la paix maritime. L'histoire mieux informée ne saurait partager cette illusion. Dans la victoire pacifique de 1810, elle reconnaît le point de départ de conflits nouveaux en Europe, plus redoutables que les précédents. Elle ne saurait, détournant volontairement ses regards de l'avenir, les reposer avec une pleine satisfaction sur cet instant radieux et fugitif, l'isoler des événements qui vont suivre, le détacher de cette trame continue et serrée où tout se tient, se lie, s'enchaîne, où le succès de la veille prépare inévitablement la lutte du lendemain. Dès à présent, au delà de l'Europe soumise ou fascinée, elle distingue la Russie en alarmes, prête à s'armer et à se soulever; elle aperçoit l'empereur Alexandre tel que le lui montrent des confidences intimes, parvenu au dernier degré de l'épouvante, les traits renversés, les yeux «fixes» et presque «hagards 439», assistant à l'écroulement de sa politique, reconnaissant ses fautes, mais persuadé que Napoléon veut les lui faire expier par le démembrement de son empire, n'éprouvant plus seulement la crainte vague d'être attaqué, prévoyant cette agression à époque fixe, l'annonçant pour l'année prochaine, se préparant à la soutenir et méditant même de la devancer. Pour l'un et l'autre empereur, l'heure est proche des discordes irrémédiables et des tentations fatales. Si la fortune présente de Napoléon brille d'un incomparable éclat, l'orage est formé sur l'avenir; le mariage n'est qu'un dernier triomphe, précurseur des désastres, et l'horizon se découvre sinistre à travers le resplendissement de cette apothéose.