Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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La cérémonie se poursuivait dans sa majesté grave: la religion mêlait ses pompes traditionnelles, immuables à travers les âges, à toutes celles que Napoléon avait ressuscitées ou créées. Quand le cortège avait traversé la galerie, dans un ordre rigoureux et magnifique, l'Empereur conduisant l'Impératrice dont trois reines et deux princesses du sang soutenaient la traîne, suivi d'un long défilé de Majestés et d'Altesses, nul n'avait échappé à une impression d'éblouissement. Jamais, dans ce palais où revivait partout le souvenir de deux races, la monarchie n'avait rempli ses fonctions d'apparat avec tant de dignité, de régularité et de splendeur. Pourquoi cette incomparable scène n'éveillait-elle point chez tous les spectateurs un plein et parfait contentement? Pourquoi, chez beaucoup d'entre eux, si les regards étaient fascinés, les cœurs restaient-ils froids, n'éprouvant qu'une félicité de commande? Napoléon avait déshabitué ses entours de croire à sa sagesse; il leur avait trop fait sentir que, s'il devait rester perpétuellement heureux, ce ne serait plus que par un miracle du sort, violant toutes les lois de la nature et de la raison. Le mariage autrichien était apparu d'abord comme un frein à ses entreprises belliqueuses; on commençait à y voir le présage de nouvelles guerres. La Russie, la lointaine Russie, devenait la pensée de plusieurs. Son attitude, entrevue, devinée, commentée, faisait craindre chez l'Empereur de brusques mouvements de colère, un emportement vers l'inconnu, une suprême témérité. Un mot sinistre avait été recueilli sur le passage du cortège: «Tout cela, avait dit Mounier, ne nous empêchera pas d'aller un de ces jours mourir en Bessarabie 436.» Cette destinée à la Charles XII que Cambacérès avait fait craindre à Napoléon en conseiller discret et prudent, d'autres l'annonçaient maintenant à voix basse, mais en termes d'une précision brutale, la voyaient approcher avec une impassibilité résignée, et discernaient au Nord l'incommensurable péril.