Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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En présence de ces symptômes favorables, Talleyrand concevait l'espoir d'une paix générale. Il préférait cette solution, la meilleure en principe assurément, à celle que Napoléon jugeait être la seule pratique, à cette capitulation isolée, «à cette paix sur le tambour», suivant l'expression de Pozzo 62, qu'il voulait arracher à l'un de ses adversaires. À cet égard, une divergence d'opinion caractéristique existait entre le souverain et le ministre, et certains témoignages la rendent perceptible. Le 4 juin, Talleyrand fait rédiger pour l'Empereur un rapport sur l'état des négociations: la minute de cette pièce, chargée par le ministre de ratures et d'additions, atteste qu'il y a mis toute sa pensée; il résume l'ensemble de la situation et la peint sous un jour avantageux. Avec finesse, il déduit les raisons qui le font croire à la résignation des différentes cours. À Londres, un changement de ministère vient de s'opérer; le nouveau cabinet, dirigé par MM. Canning et Castlereagh, appuyé sur une majorité factice, suspect à l'opinion, doit désirer d'offrir au peuple anglais la paix avec la France comme don d'avènement; la Prusse, dans l'état où nos victoires l'ont mise, accueillera comme le salut toute transaction, quelle qu'elle soit; la Russie ne demande qu'à se retirer, sans sacrifices essentiels, d'une guerre qui dévore ses armées et épuise ses ressources. L'Empereur n'a donc qu'à laisser les puissances venir à lui, à accepter leur soumission; il peut attendre la paix, sans avoir à la conquérir sur le champ de bataille, et l'on sent percer chez Talleyrand la crainte qu'un succès plus décisif que les précédentes rencontres, s'il doit se produire, ne rende l'Empereur plus entier, plus exigeant, et n'éloigne la pacification totale. Le ministre redoute à l'égal d'un malheur un triomphe trop prononcé de nos armes; avec d'adroits ménagements, sur un ton caressant et flatteur, il s'efforce de retenir Napoléon et le dissuade de vaincre. Après avoir indiqué les moyens de patience qui doivent, suivant lui, conduire à un accord, il ajoute: «Il n'y a point en ce moment de voie plus courte pour arriver à la paix, si ce n'est que Votre Majesté la force, comme Elle le peut, par une nouvelle victoire. Mais Votre Majesté préférera de la devoir à des moyens plus doux, quoique peut-être un peu plus lents, et qui donneront un résultat à la fois plus complet et plus sûr. En effet, que la Prusse et la Russie soient forcées de faire seules la paix, sans qu'elles puissent reprocher à l'Angleterre de les avoir abandonnées, l'Angleterre conservera sur elles toute son influence. Elle y gagnera de pouvoir faire sa paix particulière avec moins de sacrifices et par conséquent avec plus de désavantage pour nous, ou, si elle poursuit la guerre dans de nouvelles conditions, elle pourra espérer de trouver encore des alliés sur le continent 63.»