Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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Personne en Europe, pas même Napoléon, ne croyait à la résistance de la Turquie; on s'était tellement habitué à la voir plier, s'affaisser sous le moindre choc, qu'une fermeté persistante de sa part devait paraître invraisemblable et prodigieuse. Ce miracle, le nom de Napoléon et le zèle de ses agents l'opérèrent. Confiants dans la protection du grand empereur, les Ottomans ne voulurent point démériter d'un tel allié; ils écoutèrent Sébastiani et le conseiller d'ambassade Rufin leur montrant que le danger était plus apparent que réel, que toute résistance déconcerterait l'agresseur, et que le meilleur moyen d'éviter le combat était de l'offrir. S'ils négocièrent, ce fut pour gagner le temps de s'armer: sur les conseils, sous la direction de notre ambassadeur, Constantinople s'entoura de défenses improvisées, se hérissa de batteries; puis, rompant les pourparlers, démasquant trois cents bouches à feu, la Turquie se présenta en ordre de bataille. Venus pour menacer plutôt que pour agir, Arbuthnot et l'amiral Duckworth hésitèrent à transformer une démonstration en attaque: le succès d'une opération de vive force devenait singulièrement douteux, et, d'ailleurs, convenait-il à l'Angleterre de s'aliéner irrévocablement la Turquie en frappant sa capitale? La flotte s'éloigna donc et repassa les Dardanelles, maltraitée dans sa retraite par le feu plongeant des batteries ottomanes 60. L'insuccès de cette tentative retentit dans toute l'Europe: à Vienne, la déception ne fut pas moins vive qu'à Pétersbourg et à Londres. La question orientale, que l'on avait crue prête à se fermer, restait ouverte, et l'Autriche y vit une raison de plus pour ne rien précipiter et s'en tenir au système d'intervention progressive qu'elle s'était lentement formé.