← Table of contents
Napoléon et Alexandre Ier (1/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

Reading edition

Vingt jours après Eylau, dans un bulletin remarquable, il revient et insiste sur le spectacle d'horreur que présentait le lieu du combat. Pendant près d'une semaine après la bataille, il a visité chaque jour le champ de carnage, reconnaissant l'emplacement des divisions aux cadavres entassés, faisant relever les blessés couchés dans la neige, les consolant de paroles magiques, secourable et bienfaisant, dans l'attitude où il a voulu lui-même que la peinture le fixât pour la postérité 52, et son âme s'est sincèrement émue à l'aspect de ces scènes où la guerre se dépouillait de son prestige et se montrait affreuse. L'impression qu'il a ressentie, il s'efforce de la communiquer. Dans son bulletin, il accumule les détails frappants, recherche l'effet, compose un tableau: «Qu'on se figure, sur un espace d'une lieue carrée, neuf ou dix mille cadavres, quatre ou cinq mille chevaux tués, des lignes de sacs russes, des débris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d'obus, de munitions, vingt-quatre pièces de canon auprès desquelles on voyait les cadavres des conducteurs tués au moment où ils faisaient des efforts pour les enlever: tout cela avait plus de relief sur un fond de neige 53»; et le passage se termine par ces mots: «Ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre.» Ce rappel à l'humanité, répandu dans toute l'Europe, ne s'adressait-il point particulièrement à l'adversaire principal, à celui qui portait surtout le poids et la responsabilité de la lutte, et le bulletin d'Eylau n'est-il pas une première ouverture de paix à l'empereur de Russie?

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings