Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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Mais la question d'Orient reste surtout pour Napoléon une arme politique: plus que jamais, il veut s'en servir pour retourner contre la Russie la coalition dont cette puissance le menace. Il met l'Orient à l'ordre du jour de l'Europe. S'adressant à tous les États, directement aux neutres, à l'Autriche surtout, indirectement aux ennemis, tels que la Prusse et l'Angleterre même, il leur montre qu'il combat pour tous en empêchant la Russie de se frayer à travers la Turquie un chemin vers la Méditerranée. Pour intéresser, pour convaincre, il varie ses moyens, met en activité tous les ressorts qui peuvent agir sur les gouvernements et émouvoir l'opinion; il fait parler la diplomatie et la presse, inspire des dépêches, des circulaires, rédige des proclamations, suscite des ouvrages et commande des articles. En même temps qu'il multiplie les formes de sa pensée, il les condense dans un document solennel. Le 17 février 1808, le Sénat est convoqué à Paris et reçoit un message adressé de Varsovie, appuyé d'un rapport du ministre des relations extérieures; le message est à la fois un discours à la France et un manifeste à l'Europe: «Qui pourrait, dit-il, calculer la durée des guerres, le nombre de campagnes qu'il faudrait faire un jour pour réparer les malheurs qui résulteraient de la perte de l'empire de Constantinople, si l'amour d'un lâche repos et les délices de la grande ville l'emportaient sur les conseils d'une sage prévoyance? Nous laisserions à nos neveux un long héritage de guerres et de malheurs. La tiare grecque relevée et triomphante depuis la Baltique jusqu'à la Méditerranée, on verrait, de nos jours, nos provinces attaquées par une nuée de fanatiques et de barbares. Et si, dans cette lutte trop tardive, l'Europe civilisée venait à périr, notre coupable indifférence exciterait justement les plaintes de la postérité et serait un titre d'opprobre dans l'histoire 36.»