Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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Pozzo découvrit très vite, sous les excuses données, les causes réelles et diverses de cette attitude. Dans plusieurs entretiens, Stadion s'était exprimé avec aigreur sur la rupture de la Russie avec la Porte et l'occupation des Principautés: il jugeait cette mesure inopportune, car elle détournait de la lutte contre la France une partie des forces moscovites, dangereuse, car elle risquait d'entraîner la Russie malgré elle dans un système de conquêtes désavantageuses à l'Autriche. Vainement, en vertu d'instructions formelles, Pozzo avait-il affirmé le désintéressement de la Russie, son désir d'exercer seulement une pression sur la Porte, par la saisie temporaire des Principautés, et de l'arracher à l'influence française; il était certain que le réveil de la question orientale donnait quelque ombrage à l'Autriche et, la plaçant entre deux dangers, entre deux craintes qui la tiraient en sens contraire, contribuait à la tenir immobile. Là n'était point cependant le motif principal qui occasionnait son inertie calculée. En fait, l'Autriche restait de cœur avec nos ennemis: elle désirait leur triomphe, se fût unie à eux si elle l'eût osé, mais ne croyait pas à leur succès, redoutait Napoléon et appréhendait que le conquérant, au moindre signe prématuré d'hostilité, ne se retournât contre elle et n'achevât sa ruine avant de se porter contre d'autres adversaires. L'archiduc ne voulait point compromettre, dans une lutte avec Napoléon, une réputation militaire lentement acquise et soigneusement préservée; l'empereur tremblait pour sa couronne et l'existence de son État, l'aristocratie viennoise pour sa sécurité et ses richesses, et la peur,--Pozzo n'hésitait pas à trancher le mot,--imposait silence à la haine: «Il est certain, écrivait-il, que les dispositions secrètes du cabinet sont contre la France; c'est un mouvement de la nature impossible à contenir, produit par les pertes et les torts qu'ils ont soufferts; mais la peur glace leurs cœurs; on se garde d'avouer ce motif honteux, mais il est la cause dominante de leur conduite 32.» Pour déterminer l'Autriche à agir, il n'est qu'un moyen: résister victorieusement à nos armes et montrer que Napoléon peut être mis en échec. «Les mesures que Sa Majesté Impériale prend de son côté, ajoutait Pozzo en s'adressant au Tsar, sont l'étoile polaire de cette cour et le thermomètre de son courage 33.» Les yeux fixés sur le théâtre des opérations, sur les plaines de Pologne, sur ce réseau de rivières, Vistule, Bug, Narew, entre lesquelles les armées évoluent et se cherchent, l'Autriche attend que des rencontres suffisamment décisives soient venues lui donner une indication, justifier ses craintes ou réveiller ses espérances, et sa conduite finale dépendra des événements de la guerre.