Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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Toutefois, si Napoléon ne recule pas en principe devant les conséquences extrêmes de sa victoire, il ne les admet encore qu'à titre d'hypothèse. En fait, il sent qu'il n'est point libre et qu'un intérêt majeur enchaîne ses résolutions. L'Autriche reste postée sur notre droite, avec sa force encore imposante et ses troupes toutes fraîches; sa situation la met en mesure, si les Russes nous résistent sur la Vistule et balancent la fortune, de nous prendre en flanc, si les Russes se replient et nous attirent dans l'intérieur de leur pays, de nous prendre à revers; l'intervention d'un nouvel ennemi peut mettre en péril la Grande Armée triomphante, mais éloignée de sa base d'operations, affaiblie par ses victoires mêmes, par le prodigieux élan qui l'a portée d'un bond aux rives de la Vistule. C'est donc l'Autriche qu'il importe toujours et plus que jamais de ménager, de se concilier. Or, la crise turco-polonaise offre cette singularité qu'elle est susceptible, sous certains rapports, de ramener l'Autriche à notre alliance, sous d'autres, de la rejeter vers nos adversaires. La renaissance d'une Pologne sur sa frontière peut lui inspirer de vives alarmes, peut-être des déterminations hostiles, en l'inquiétant pour ses possessions de Galicie; d'autre part, la brusque irruption des Russes sur le Danube, leur entrée dans ces provinces roumaines d'où sa politique s'est fait un principe de les écarter, est de nature à réveiller son attention sur un péril trop négligé. Il importe donc de la rassurer au sujet de la Pologne, d'entretenir et d'aviver ses craintes en Orient. Napoléon ne perdra plus de vue ce double objet. À peine établi à Posen, il s'adresse à l'empereur François en termes conciliants; s'il lui propose, par insinuations d'abord, puis en termes formels, d'abandonner la Galicie, il lui offre une ample compensation en Silésie, dans cette belle province que Marie-Thérèse a perdue et pleurée, et encore ne prétend-il pas imposer à l'Autriche cet échange; il lui laisse l'entière liberté de son choix, affirme qu'il ne prendra aucun parti sans son assentiment, remet entre ses mains la destinée future de la Pologne 26. En même temps, Talleyrand fait renouveler à Vienne l'offre de se concerter sur l'Orient 27, et c'est cet accord que le ministre des relations extérieures, avec une habileté convaincue, va s'efforcer pendant plusieurs mois de réaliser. Napoléon le laisse agir; s'il ne partage point ses préférences de principe pour l'Autriche, s'il conserve contre cette cour d'invincibles défiances, s'il la tient au fond pour irréconciliable et n'attend guère de sa part une conversion sincère, il sent l'extrême besoin de conjurer actuellement son hostilité; d'une nécessité militaire il consent à faire un système politique; envisageant les événements de Varsovie et de Constantinople surtout dans leurs rapports avec Vienne, il subordonne toute décision sur la Pologne, sur la Turquie même, à la pensée de s'assurer dans le présent la neutralité de l'Autriche et, s'il est possible, son alliance dans l'avenir.