Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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La société russe était entamée; par contre, l'ardeur de nos adversaires en redoubla. Jusqu'alors, maîtres incontestés de la place, ils s'étaient bornés à une défensive dédaigneuse; l'attaque se prononçant, leur résistance s'organisa. La guerre des salons fut ouverte; les cercles qui nous étaient fermés--ils restaient de beaucoup les plus nombreux--prononcèrent l'anathème sur les autres; il suffisait qu'une maison accueillît les Français pour que le vide se fit autour d'elle. En même temps, l'opinion se déchaînait contre Alexandre; le ton des conversations, de frondeur qu'il était, se montait jusqu'à la violence; des propos graves s'échangeaient; on parlait d'amener à tout prix un changement de politique, fût-ce au prix d'un changement de règne, et Savary, instruit de ces clameurs, se demandait s'il n'y fallait point voir le symptôme avant-coureur d'une catastrophe. Les souvenirs de 1801 l'obsédaient, et, ses habitudes scrutatrices le portant à voir partout des complots, il craignait pour Alexandre le sort de Paul Ier. Considérant que son devoir envers Napoléon l'obligeait de veiller à la sécurité d'un monarque ami, il s'y appliquait consciencieusement. Il lisait l'histoire de Russie, afin d'y retrouver le récit des révolutions passées, se demandait comment elles auraient pu être prévenues, suppliait Alexandre de se faire suivre, excitait la vigilance de son entourage et s'instituait officieusement son ministre de la police 189. Il alla jusqu'à lui dénoncer des propos imprudents ou coupables tenus dans son armée, et la manière dont fut reçu cet avertissement le poussa à tenter une démarche qu'il jugeait susceptible de résultats décisifs. En achevant d'éclairer Alexandre sur les dangers de la tolérance, ne pourrait-il l'amener à un grand acte de vigueur, à remanier son conseil, à épurer la haute administration, à éloigner les meneurs du parti hostile? Ce coup d'autorité materait l'orgueilleuse société qui refusait de se rendre.