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Napoléon et Alexandre Ier (1/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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Marie Féodorovna, femme de Paul Ier et mère d'Alexandre, après la nuit tragique qui l'avait faite veuve, avait conservé en Russie une position sans précédent. Son fils, en montant sur le trône, avait voulu qu'elle gardât le rang, les dotations, les privilèges honorifiques, qui lui avaient été attribués; de plus, détestant le cérémonial, n'aimant que l'intimité ou la pompe toute militaire des revues et des défilés, il avait dédoublé en quelque sorte les fonctions de la souveraineté et, se réservant le soin des affaires, avait laissé à sa mère la partie d'extérieur et d'apparat. Marie Féodorovna convenait parfaitement au rôle que son fils lui abandonnait. Si le temps était loin où elle était apparue à la cour de Catherine II dans tout l'éclat de la jeunesse, belle et «blanche 174», l'âge et le malheur n'avaient fait que rehausser son prestige. Elle s'imposait maintenant par l'aspect digne de sa vie, par sa piété un peu théâtrale envers le passé, par le souvenir des épreuves qui avaient blessé son cœur sans altérer la sérénité de son front; on la révérait aujourd'hui, après l'avoir tour à tour admirée et plainte. D'une bienfaisance toujours en éveil, elle gouvernait les bonnes œuvres, régnait sur les pauvres et s'était fait, dans les États de son fils, un empire à elle, fondé sur l'amour et la reconnaissance. Avec cela, née pour la cour, habile à distinguer et à maintenir les rangs, aimant l'étiquette et l'introduisant dans les moindres détails de la vie, supportant sans fatigue de longues heures de représentation qui harassaient ses dames d'honneur, elle excellait à faire paraître la souveraineté sous sa forme la plus imposante et y mettait son orgueil. Elle avait donc continué à faire figure d'impératrice en exercice, recevant, trônant, s'entourant d'une maison nombreuse à laquelle celles de ses quatre plus jeunes enfants, qui vivaient à ses côtés, formaient autant de satellites. C'était auprès d'elle seulement que l'on voyait un service de dames, de chambellans, d'écuyers, de pages, la splendeur des grandes réceptions et le cérémonial des présentations officielles. Aussi, tout ce qui à Pétersbourg voulait une cour et ne pouvait s'en passer, ne la rencontrant plus que chez l'impératrice mère, venait l'y chercher; naturellement et sans effort, Marie Féodorovna avait retenu à elle les hommages, l'assiduité, le culte qui se rend aux personnes royales, et le pouvoir de la veille avait gardé tous les fidèles que celui du jour dédaignait d'attirer. C'était la Tsarine douairière que l'on allait remercier pour toute nomination obtenue, pour toute grâce conférée, alors même qu'elle n'y avait pris aucune part; les officiers nouvellement promus ou décorés venaient s'incliner devant elle et lui baiser la main 175. Bien qu'elle résidât d'ordinaire au château de Pavlovsk, à douze lieues de Pétersbourg, les grands ne laissaient jamais passer quinze jours sans faire acte de présence à son cercle, et Alexandre lui-même s'y montrait deux fois par semaine. L'ancienne cour,--c'était de ce nom que l'on désignait l'impératrice mère et son entourage,--demeurait ainsi la grande puissance sociale et mondaine de la Russie et, à ce titre, sans exercer l'autorité, conservait l'influence 176.

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