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Napoléon et Alexandre Ier (1/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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Révoltée de cet arrêt, la reine dut cependant revenir à Tilsit; il fallut qu'elle subît à nouveau les compliments de Berthier, les politesses de Talleyrand, qu'elle reprît sa place à table aux côtés de l'homme qu'elle haïssait. Lui se remit à causer «chiffons»:--«Comment donc, la reine de Prusse porte un turban? Ce n'est pas pour faire la cour à l'empereur de Russie, qui est en guerre avec les Turcs?--C'est plutôt, je crois, répondit Louise, pour faire ma cour à Roustam.» Et elle regardait le mamelouk de l'Empereur, droit derrière le siège de son maître 147. La soirée fut pour elle un supplice, avec la contrainte et les derniers efforts de séduction qu'elle dut s'imposer, quand son cœur débordait d'amertume. Par moments, elle ne fut pas maîtresse de ses sentiments. Le prince Murat s'empressait fort autour d'elle: «À quoi, disait-il, se distrait Votre Majesté à Memel?--À lire.--Que lit Votre Majesté?--L'histoire du passé.--Mais l'époque présente offre aussi des actions dignes de mémoire.--C'est déjà trop pour moi que d'y vivre 148.» Napoléon a raconté qu'au moment du départ, lorsqu'il descendait pour reconduire la reine, elle lui avait dit d'un ton sentimental et pénétré: «Est-il possible qu'ayant eu le bonheur de voir d'aussi près l'homme du siècle et de l'histoire, il ne me laisse pas la liberté et la satisfaction de pouvoir l'assurer qu'il m'a attachée pour la vie...--Madame, je suis à plaindre, répondit-il gravement, c'est un effet de ma mauvaise étoile 149.» Un récit prussien affirme que la reine se serait exprimée plus vivement: «Sire, eût-elle dit, vous m'avez cruellement trompée», et un sourire «satanique» eût été la seule réponse à ce reproche. Il est certain que devant Duroc, qui la mit en voiture et la visita le lendemain, elle ne ménagea pas les expressions de son ressentiment. Elle se plaignit aussi à Alexandre d'avoir été victime d'un manque de foi, mais fut dans l'impossibilité de rappeler aucune parole positive de l'Empereur. Son erreur, commune à plusieurs de ses émules en grâce et en beauté, avait été de croire que de passagers hommages rendus à ses charmes répondaient à une impression irrésistible et profonde, emportaient soumission à son empire. Brusquement détrompée, elle se crut trahie, partit ulcérée, mesurant enfin toute l'étendue de son infortune, emportant l'inguérissable blessure dont elle devait mourir: «Si l'on ouvrait mon cœur, disait-elle en s'appropriant un mot de Marie Tudor, on y lirait le nom de Magdebourg.»

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