Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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C'est qu'en effet, de jour en jour, presque d'heure en heure, des paroles plus douces, plus encourageantes, lui arrivaient de l'autre côté du fleuve. Le 19, Napoléon s'est établi à Tilsit; les hostilités avaient cessé depuis la veille, et déjà Lobanof avait conféré une heure avec le prince de Neufchâtel. Le lendemain de son arrivée, l'Empereur a envoyé le grand maréchal Duroc s'aboucher avec Bennigsen et l'entretenir longuement; d'autres officiers français se sont présentés au quartier général russe: Murat s'est mis en rapport avec le grand-duc Constantin, qui a fait sa conquête en lui donnant d'emblée de l'Altesse. Les Français ont tenu un langage singulièrement engageant, affectant de traiter la Russie moins en ennemie vaincue qu'en amie égarée, qu'il s'agit de ramener dans sa voie véritable; c'est à la suite de ces propos qu'Alexandre a admis l'armistice individuel, sans adjonction de la Prusse, et le principe d'une négociation de paix à ouvrir «dans le plus court délai 69»; sa réponse est arrivée le 21 au soir au quartier général, qui a reçu mission de la transmettre à Tilsit 70. Pourtant l'espoir du Tsar ne va pas encore au delà d'une paix qui assurerait l'intégrité de l'empire: il est prêt à évacuer les Principautés, à abandonner les îles Ioniennes, espérant obtenir à ce prix des conditions moins écrasantes pour la Prusse 71. Mais voici que le prince Lobanof, revenu à Tilsit le 22 pour y signer l'armistice, est reçu par l'empereur des Français en personne, qui l'accueille avec faveur, l'invite à sa table, boit à la santé de l'empereur Alexandre et, inaugurant son système de séduction, jette dans la conversation que la Vistule pourrait bien être la frontière naturelle de la Russie 72. Victorieux et irrésistible, Napoléon eût été en droit de tout refuser à la Russie; il lui laisse beaucoup espérer, pourvu que l'on s'entende seul à seul et sans se préoccuper d'intérêts étrangers aux deux empires. Il ne parle pas encore, à la vérité, d'explication intime et directe entre les souverains et ne prononce pas le mot d'entrevue; ayant jadis, à la veille d'Austerlitz, proposé un colloque aux avant-postes et sa demande étant demeurée sans réponse, il met son orgueil à ne point la réitérer aujourd'hui, à se laisser provoquer; il se borne à tenter Alexandre par d'attirantes insinuations et amicalement lui fait signe. Alexandre n'y tient plus; cédant à un mouvement intense de curiosité et d'espoir, il risque une démarche positive, et Lobanof est renvoyé à Tilsit, le 24, avec des instructions écrites. On y lit cette phrase surprenante sous la signature du prince qui venait de nous faire une guerre de deux ans: «L'alliance de la France et de la Russie a toujours été l'objet de mes désirs, et je suis convaincu que seule elle peut garantir le bonheur et le repos de l'univers»; et le Tsar continue: «Un système entièrement nouveau doit remplacer celui qui a existé jusqu'ici, et je me flatte que nous nous entendrons facilement avec l'empereur Napoléon, pourvu que nous traitions sans intermédiaires 73.» C'était proposer l'entrevue. Napoléon ne s'y refusa pas, redoubla de bienveillance envers Lobanof, qu'il retint longtemps dans son cabinet, envoya Duroc complimenter l'empereur Alexandre, qui était arrivé tout près du fleuve et venait s'offrir, et ce fut pendant ces allées et venues que les conditions de la conférence furent arrêtées; on se rencontrerait le lendemain 25, à une heure, dans un pavillon élevé sur le fleuve qui séparait les armées 74.