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Napoléon et Alexandre Ier (1/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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Cependant, ce qui lui arrivait de toutes parts, ce qu'il voyait, lui faisait mieux connaître l'étendue du désastre. Point de régiment qui ne fût décimé et démoralisé; certains avaient perdu quatre cents hommes sur cinq cent vingt; la discipline avait péri, le soldat ne se battait plus et pillait, exerçant ses ravages sous les yeux mêmes de l'Empereur; la résistance de la Russie, inébranlable jusqu'alors, s'abattait d'un seul coup: ce mur tombait en poussière. Parmi les généraux, Barclay de Tolly seul parlait de continuer la guerre, de se retirer et d'attirer l'ennemi dans l'intérieur de l'empire; les autres n'échappaient pas à ce découragement qui saisit les plus braves au lendemain d'un grand effort inutile. Dans l'entourage du Tsar, un travail actif s'opérait pour le déterminer à la paix: le grand-duc Constantin s'en faisait l'ardent promoteur; il remontrait à son frère en termes véhéments la nécessité d'en finir et a raconté lui avoir tenu le langage suivant: «Sire, si vous ne voulez pas faire la paix avec la France, eh bien, donnez un pistolet bien chargé à chacun de vos soldats et commandez-leur de se brûler la cervelle, vous obtiendrez le même résultat que celui que vous offrira une nouvelle et dernière bataille, qui ouvrira infailliblement les portes de votre empire aux troupes françaises exercées aux combats et toujours victorieuses 68.» Les ministres ne combattaient plus ces avis, et les plus hostiles à la France, tels que Budberg, recommandaient de traiter. Alors, en présence de cette universelle défaillance, éperdu, épouvanté, voyant la Russie sans armée et la frontière ouverte, Alexandre prit son parti, le prit complet et sans réserve; dépassant les conseils qu'on lui donnait, quittant le système dans lequel il avait mis son honneur jusqu'alors à persévérer, il passa brusquement à l'extrême de l'autre; après s'être résigné le dernier à la paix, il fut le plus ardent à la vouloir. Il montra désormais une impatience surprenante à se mettre en rapport direct avec Napoléon, et on le vit, s'arrêtant dans sa retraite, rebrousser chemin et reprendre la direction de Tilsit.

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