Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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Le Tsar, malgré les caresses qu'il reçoit de Napoléon et celles qu'il lui prodigue, est ému, frappé des paroles qui lui arrivent d'autre part. Elles lui semblent exprimer,--c'est lui-même qui parle,--l'opinion «de tout ce qui est sensé en France 545»; il y voit la confirmation des doutes qui l'assiègent depuis tant de mois, un argument sans réplique à l'appui de ses propres défiances. Puisque «les hommes les plus éclairés et les plus sages de la France eux-mêmes 546» suspectent et réprouvent la politique impériale, est-ce à lui d'aplanir les voies à une ambition qui ne connaît plus de bornes et de l'aider à briser tout obstacle? L'imprudence d'un tel abandon lui semble dès a présent démontrée. Non qu'il veuille répudier l'alliance française avant d'en avoir recueilli les bénéfices; il consentira à en prolonger l'essai, si Napoléon lui accorde les satisfactions que les services rendus et une longue patience l'ont mis en droit d'exiger. Seulement, ces avantages si ardemment convoités, il les attend moins aujourd'hui de la complaisance que des embarras de son allié. Ce qu'il espère, c'est que la France, occupée par l'Espagne, tenue en échec par l'Autriche, lui laissera, au prix de services sans trop grandes conséquences, la main libre sur le Danube, lui permettra d'y faire son jeu particulier, de terminer glorieusement les entreprises en cours: ce résultat acquis, il se ressaisira tout entier et verra à se choisir un parti définitif. Son vœu est donc que la Russie obtienne toute latitude pour se consacrer momentanément à ses intérêts propres, et qu'il ne soit point porté à l'indépendance européenne, durant ce temps, d'irrémédiables atteintes. Possédé de ce double désir, il s'estime heureux que des difficultés imprévues entravent la marche de Napoléon, et il se sent de moins en moins disposé à les écarter. Il n'est plus susceptible de ces élans passagers, mais enthousiastes, qui le portaient naguère à confondre sa cause avec celle du grand empereur, à s'associer avec lui dans une étroite communauté de vues et de mouvements. S'il persiste à affecter la confiance, l'expansion, la cordialité, si rien n'est changé dans le culte extérieur qu'il rend à Napoléon, sa foi est bien près de succomber sans retour: il pratique encore, mais ne croit plus.