Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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Dans d'autres entretiens, Talleyrand reprend et développe la même pensée: il montre que la France, saturée de gloire, dégoûtée de conquêtes, avide de repos, se confie dans la sagesse et la fermeté d'Alexandre pour lui épargner de nouvelles épreuves et l'implore comme médiateur entre elle et le génie immodéré qui l'épuise. Cette thèse, il la fait reprendre auprès du Tsar par intermédiaires; il la place dans des bouches différentes; déployant tous les moyens que lui suggèrent son tact raffiné, sa grâce enveloppante, sa connaissance parfaite des hommes et des choses, il sait enrôler dans son parti les personnages les plus divers. Chez chacun, il s'adresse au penchant favori, fait vibrer la passion maîtresse et, s'emparant d'eux, les emploie à ses fins. Il parvient à se rapprocher de Tolstoï, qui s'est longtemps refusé à ce contact, approuve ses terreurs, le porte à répéter à son souverain, dans la chaleur d'entretiens véhéments, tout ce que contenaient ses dépêches. Il caresse, séduit, endoctrine Roumiantsof, en flattant une vanité qui est le travers dominant du vieil homme d'État et en l'éblouissant par l'illusion d'un grand rôle à jouer. Il n'est point jusqu'aux plus zélés serviteurs de Napoléon qu'il ne sache gagner à ses vues et transformer en complices inconscients. Entretenant chez les maréchaux, les dignitaires, un commencement de lassitude et le désir de goûter en paix les avantages acquis, il fait parvenir à Alexandre l'écho de leurs doléances; il les a habitués à révérer en lui le génie personnifié de la politique, et plus d'un croit faire preuve d'un dévouement éclairé envers l'Empereur en suivant les directions du prince. En un mot, avec un art consommé et discret, Talleyrand travaille à tisser autour du Tsar un réseau d'intrigues, à l'attirer insensiblement dans ses liens. À Tilsit, Napoléon a fait la conquête d'Alexandre; pourquoi ne serait-ce point Talleyrand qui le captiverait à Erfurt 544?