Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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On risquait d'ailleurs de rencontrer, au sein même de la famille impériale, un obstacle difficile à surmonter. L'impératrice mère avait reçu de son mari défunt, par un acte de dernière volonté conçu sous forme d'ukase solennel et déposé en lieu sûr et sacré, dans la cathédrale de l'Assomption à Moscou, le pouvoir de disposer de ses filles, de régler leur avenir et leur établissement: ce titre lui permettait de s'opposer légalement à tout projet de mariage, lui conférait un véritable droit de veto dont elle ne manquerait pas d'user dans la circonstance, étant donnés ses sentiments connus envers l'empereur des Français. Sans doute la volonté du souverain régnant formait la loi suprême; Alexandre pourrait briser toute opposition, mais l'idée de parler en maître à sa mère lui était insupportable, et, s'il se réduisait à n'employer que la persuasion et la douceur, on avait à craindre que toutes ses instances n'échouassent devant l'entêtement d'une femme impérieuse et tenace. Quoi qu'il en dût être, il importait avant tout de pénétrer les intentions de l'empereur des Français et de percer ce mystère, afin que l'on pût délibérer sur le parti à prendre, se faire un plan de conduite, diminuer graduellement, s'il y avait lieu, les répugnances de l'impératrice mère et préparer les choses de longue main. Roumiantsof écrivit donc au comte Tolstoï une lettre très confidentielle, anxieuse, pressante, dans laquelle il stimulait tout à la fois le zèle et la curiosité de cet envoyé: «Je vous prie très instamment, disait-il, de vouloir bien me dire votre propre opinion sur ce projet. Existe-t-il en effet? y a-t-il apparence qu'il sera fait une telle proposition d'alliance? Ne vous épargnez, je vous en conjure, ni soins ni peines pour me satisfaire sur cet objet 608.»