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Napoléon et Alexandre Ier (1/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)

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Après le spectacle, l'assistance se dispersait, chacun réglant à sa guise l'emploi de sa soirée. Des lieux de plaisir et de réunion s'étaient ouverts. Dans certaines sociétés, on se retrouvait uniquement pour se distraire en commun: on soupait, on jouait. Les politiques se donnaient rendez-vous et tenaient de longs conciliabules au logis du prince Guillaume de Prusse, quartier général de nos ennemis. Il y avait enfin de véritables salons, improvisés par les soins de quelques femmes de tête et d'esprit. Ils groupaient ce qu'Erfurt comptait de plus distingué par la naissance, la position ou le mérite; c'était un honneur que d'y être admis, un privilège plus ou moins accessible; il s'était vite établi entre eux des rangs et une hiérarchie. Deux surtout brillaient d'un vif éclat, celui de la présidente de Recke et celui de la princesse de la Tour et Taxis, sœur de la reine de Prusse. Le premier était un terrain neutre, ouvert aux lettres autant qu'à la politique: on y entendait Gœthe discuter, au milieu d'un groupe de maréchaux, l'œuvre de nos tragiques. Le second avait un caractère plus aristocratique et une couleur antifrançaise: on y faisait la petite guerre contre Napoléon; par des bruits malveillants, par des allusions mordantes, on s'y vengeait du maître auquel chacun rendait en public un culte contraint; certains mots faisaient fortune, comme cette boutade de l'ambassadeur Tolstoï: «Notre empereur fait bâtir beaucoup d'églises: conseillez-lui d'en faire bâtir une à Notre-Dame del Soccorso d'Espagne, car, si elle ne se déclare pas pour lui, son empire est perdu 601.» Alexandre lui-même paraissait chez la princesse de la Tour et Taxis et s'y faisait remarquer par ses assiduités auprès de la princesse Stéphanie de Bade, le charme et le sourire de ces réunions. D'ordinaire, le Tsar s'exprimait sur Napoléon en termes enthousiastes, vantait sa bonté, sa facilité, le défendait du reproche d'ambition; quelquefois il paraissait soucieux, et même, a-t-on dit, lorsqu'il se trouvait en compagnie de nos adversaires déclarés, on obtenait de lui des paroles qui ne décourageaient pas trop leurs espérances; il était de ceux qui changent volontiers de langage en changeant de milieu 602.

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