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Napoléon et Alexandre Ier (1/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)

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La fugue de mademoiselle Georges avait d'ailleurs une autre cause que sa passion pour le jeune Russe; à côté de ce roman, il y avait une intrigue. À Pétersbourg, un parti assez nombreux s'était donné mission de ménager un rapprochement entre l'empereur et l'impératrice: on plaignait cette princesse, mère désolée, à peine épouse; on espérait aussi, en lui ramenant son mari, gagner des droits à sa reconnaissance et profiter d'un crédit reconquis. La tâche que l'on assumait était difficile, car l'empereur se montrait de plus en plus épris de madame Narischkine 590. N'osant attaquer de front cet attachement, on songea à une diversion. Les conjurés avaient des amis à Paris: par leur moyen, ils contribuèrent à attirer mademoiselle Georges dans la capitale russe, où on lui promettait une brillante fortune. Ils la feraient paraître devant l'empereur dans tout l'éclat de sa beauté, avec l'auréole du succès: Alexandre ne résisterait pas à des charmes réputés invincibles et délaisserait ses anciennes amours pour «la reine de théâtre 591». Mais une telle liaison ne saurait durer; on guérit d'une fantaisie plus facilement que d'une passion; détaché de ses habitudes, n'ayant pas eu le temps d'en contracter de nouvelles, Alexandre reviendrait au sentiment légitime et se laisserait ramener au devoir par le chemin du caprice. Nous ne savons si Napoléon connaissait ce dessein alors qu'il permit l'évasion de mademoiselle Georges; en tout cas, il ne le désapprouva point quand Caulaincourt lui en conta les détails. Madame Narischkine n'avait guère répondu à ses espérances: elle avait renoncé très vite à se mêler d'affaires et se contentait de régner sur le cœur du maître. «Ce n'est point une Pompadour, disait Joseph de Maistre, ce n'est point une Montespan, c'est plutôt une La Vallière, hormis qu'elle n'est pas boiteuse et que jamais elle ne se fera Carmélite 592.» À défaut de cette maîtresse inutile, il ne pouvait déplaire à l'Empereur que l'une de ses sujettes prît sur Alexandre quelque ascendant, dût-il être tout momentané: pour agir sur son allié, aucun moyen ne lui semblait négligeable.

Note 590: (retour) Nouvelles de Pétersbourg du 28 février 1808: «Madame Narischkine triomphe de nouveau de ses rivales. Petits soins au bal. On ne la quitte point pendant le souper; on la rencontre cinq et six fois tous les matins; tantôt c'est à cheval, tantôt en traîneau.»

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