Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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On ne regardait plus danser Alexandre: le spectacle était ailleurs. À distance respectueuse, princes, ministres, dignitaires, formaient autour de l'Empereur et du poète un cercle de curieux. Par respect pour ce grand souvenir, Wieland n'a jamais voulu écrire ni raconter en détail la conversation, mais les assistants en surprirent certaines parties, et des versions concordantes permettent d'en retracer quelques traits. Napoléon toucha aux matières les plus diverses, les plus hautes; il passa de la littérature à l'histoire, aux Grecs, qu'il comprenait mal, aux Romains, qu'il admirait fort, prit contre Tacite la défense des Césars, traita aussi des religions et de leur utilité sociale, parla du christianisme en politique plus qu'en croyant. Sur tous ces points, il s'exprimait avec chaleur, avec des expressions originales, quoique toujours graves, s'animant sans s'égayer, ne cherchant nullement à briller, à éblouir, seulement à mettre en avant des idées et à en susciter chez son interlocuteur. Il mêlait parfois à de profonds aperçus des paroles affectueuses, des questions intimes; mais le grand hommage qu'il rendait à Wieland était de montrer le prix qu'il attachait à connaître son opinion sur tous les sujets abordés. L'Allemand répondait en assez mauvais français, exposait ses vues, charmé tout à la fois et troublé par cette parole acérée qui le pénétrait à fond et scrutait toutes les parties de son intelligence. Après deux heures d'entretien, cédant à l'émotion, à la fatigue, il attendait et cherchait à provoquer un signe de congé: ne le voyant pas venir, il prit bravement son parti et fit le geste de se retirer: «Allez donc», lui dit amicalement l'Empereur, et il répéta: «Allez, bonne nuit.» Il revint alors à Gœthe, causa de nouveau avec lui et se retira enfin, laissant l'assistance sous l'impression de ces scènes mémorables 574.