Note 234 — PAR LA VILLE RÉVOLTÉE (continued 2)
Reading edition
Quand l’amnistie nous eut rouvert les portes de Paris, il nous prit envie d’aller, un soir, dîner chez Lapeyrouse, dans cette même salle du rez-de-chaussée, donnant sur le quai, où j’avais passé, le 24 mai 1871, une heure tragique. J’invitai un ami, comme moi retour d’exil. Nous avions longuement causé. Nous étions restés seuls.—Tiens, me dit l’ami, si tu réclamais la monnaie de ton billet de cent? Après avoir réglé l’addition, nous fîmes venir le gérant. Bien entendu, je n’avais pas la moindre intention de rentrer dans mon dû. Le gérant écouta, grave et souriant à la fois.—Dommage, monsieur, conclut-il en s’inclinant, vraiment dommage. Depuis 1871, la maison a changé de propriétaire. Voulez-vous, cependant, que je communique votre réclamation à la caisse?—Non, non, ne réclamez rien. Nous nous ferons rembourser cela à la prochaine. Et nous nous levâmes en riant, heureux tous deux d’avoir bavardé, en pleine liberté, dans cette salle où nous avions failli perdre la nôtre, et peut-être même plus encore.