Note 47 — TABLE DES MATIÈRES
Reading edition
Note 47: Marie-Jeanne Phlipon, dame Roland, née à Paris le 17 mars 1754, guillotinée le 8 novembre 1793. Tous les historiens ont raconté, comme Chateaubriand, qu'arrivée au pied de l'échafaud, elle avait demandé qu'il lui fût permis de jeter sur le papier les pensées extraordinaires qu'elle avait eues dans le trajet de la Conciergerie à la place de la Révolution; tous ont répété que, se tournant vers la statue de la liberté, dressée en face de la guillotine, elle s'était écriée: «Ô liberté, que de crimes commis en ton nom!» Aucun écrit ni témoignage contemporain ne parle de cette apostrophe à la liberté, ni de sa demande de consigner par écrit ses dernières pensées, non plus que de son colloque avec le bourreau pour obtenir d'être guillotinée la dernière, et pour épargner ainsi le spectacle de sa mort à son compagnon d'échafaud, le faible Lamarche. C'est seulement après la chute de Robespierre, à l'époque de la réaction thermidorienne, que Riouffe et les autres écrivains du parti de la Gironde ont mis dans la bouche de Mme Roland des paroles dont rien n'établit l'authenticité. Sainte-Beuve, précisément à l'occasion de la mort de Mme Roland, dit très bien, dans ses Nouveaux Lundis (tome VIII, p. 255): «La légende tend sans cesse à pousser dans ces émouvants récits, comme une herbe folle: il faut, à tout moment, l'en arracher.»(Retour au texte principal.)