ÉDUCATION ET INSTRUCTION (continued 2)
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Au parloir suivant, les pensionnaires en se rendant à leur place attitrée, trouvèrent non pas leurs frères, mais les amis d’iceux : Hélène, les deux Gourregeolles ; Charlotte, les de Puyrenaud ; Marie-Rose, les quatre Le Menn. Après une minute d’effarement, la plupart des pensionnaires comprirent, et elles se prêtèrent le plus joyeusement du monde à la combinaison. Il faut dire aussi que les collégiens s’étaient fait un scrupule de ne former les groupes qu’entre jeunes gens de la même société et se rencontrant ailleurs qu’au parloir.
Marie-Rose était très camarade avec les Le Menn ; leurs pères étaient également marins et naviguaient sur le même bâtiment. Ce fut leur coin, très bruyant, qui fit découvrir la mèche.
La répression fut sévère. On prévint les familles et M. le principal ; et le « parloir des frères » fut momentanément supprimé.
On le rétablit seulement au retour et sur les instances de la mère Saint-Jacques qui se porta garante de la bonne tenue générale. Elle eut raison ; la confiance que l’on témoigna à cette jeunesse fit mieux que les plus sévères admonestations, et tout rentra dans l’ordre.
L’éclairage. — Le couvent, si plein de lumière pendant la journée, est plongé, dès que vient la nuit, du moins quant au dehors, dans une obscurité presque complète. On parle bien d’installer le gaz, mais ce serait une grosse dépense et l’on en trouve toujours de plus urgentes à faire. Marie-Rose avait douze ans quand se produisit ce grand événement. Dans sa petite enfance, on se contentait pour les jardins, de lampes enfermées dans des cages de verre et placées de loin en loin. Cet éclairage était très insuffisant et l’on y suppléait par des lanternes que les religieuses transportaient dans leurs allées et venues. Rien de curieux comme ces petites lumières discrètes qui, le soir venu, circulaient de tous côtés sans que l’on en pût reconnaître la propriétaire. C’était un sujet d’étonnement amusé pour toutes les nouvelles. Dans les passages, les corridors, les escaliers, il y avait des quinquets, système Argand, qui dataient d’un siècle. En classe, on était plus moderne et l’on se servait de grosses lampes de bord, en cuivre poli qui fournissaient un éclairage puissant.
Mais les lanternes en corne et fer ajouré, les quinquets et les lampes à schiste n’étaient rien comme antiquité auprès des « Jacquots ».
Le jacquot consiste en un bâton long une fois et demie comme un manche à balai et qui repose sur un pied en forme de croix grecque. A mi-hauteur règne une planchette circulaire qui supporte les mouchettes, l’éteignoir et un rat de cave. Au-dessus s’étend un bras au bout duquel est fichée une chandelle de suif. Ce bras est mobile ; il vire autour du bâton, se hausse et se baisse à volonté se soutenant par son propre poids.
Le jacquot n’est pas d’un usage courant. On s’en sert dans certaines circonstances déterminées, notamment quand un verre de lampe casse et qu’il n’y en a pas de rechange.
Ce genre d’éclairage encombrant et incommode ferait maugréer les gens raisonnables ; mais les pensionnaires s’en montrent ravies. Toutes veulent pour elles le pauvre jacquot qui n’a pas une minute de répit. L’une tourne à droite le bras éclairant, l’autre le retourne à gauche ; celle-ci le grimpe tout en haut, celle-là le ramène en bas. Dans ce remue-ménage, il arrive parfois que l’instrument, malgré son pied en croix grecque, choit de toute sa hauteur. A quatre jacquots par étude, cela fait bien de la dissipation. Mais la grande affaire est le mouchage. Quelques pensionnaires ont monopolisé cette importante fonction. Marie-Rose est du nombre, et elle accomplit sa charge avec un zèle excessif. La mèche n’a pas le temps de se reformer qu’elle la supprime au risque de supprimer en même temps la lumière. Parfois même elle se sert de l’éteignoir « pour s’assurer qu’il fonctionne » et ce, à la protestation, très amusée au fond, de ses proches voisines. Aux remontrances de la maîtresse, elle répond avec un aplomb tranquille et plein de politesse que « l’éteignoir est là sans doute pour servir à quelque chose ».
— Oui, certes, pour éteindre les chandelles quand on n’en a plus besoin.
— Et les rats de cave, alors, à quoi les emploiera-t-on, si l’on ne rallume pas les chandelles éteintes ?
Il serait élémentaire de supprimer le matériel des jacquots, si ce n’est les jacquots eux-mêmes ; mais au couvent les choses demeurent ; il faut des circonstances exceptionnelles pour que l’on consente à la plus petite modification. Et puis les jacquots sévissent rarement et tard dans la journée, alors que les jeunes esprits sont, depuis des heures, tendus par le travail et la discipline ; on ne s’indigne pas trop d’un peu de dissipation sans malice et sans résultat fâcheux. Peut-être aussi, les maîtresses s’amusent-elles au fond, de ce que la bonne sœur Sainte-Claire appelle le « trafic des jacquots ». Quelques-unes sont jeunes et il ne faut pas grand’chose pour égayer les âmes simples.
Les bêtes. — Les bêtes furent toujours traitées au couvent avec honneur et sympathie.
En premier lieu, viennent les chats. On aime beaucoup les chats, mais on est forcé de les aimer de loin. En gens avisés, ils ne se hasardent que très rarement dans les quartiers du Pensionnat où l’amitié qu’on leur témoigne prend vite des allures de catastrophe. Ils préfèrent de beaucoup les parages de la cuisine où ils sont une bonne douzaine à se prélasser au soleil.
On les rencontre en allant et venant au réfectoire, et le grand silence réglementaire est souvent troublé par des appels faits à mi-voix.
— Minou, minou, viens mon petit !
ou des tentatives d’intimidation :
— Ch… ch… ch…
Il arrive même que l’on sorte des rangs pour une velléité de poursuite… rarement couronnée de succès. Il faut une habileté consommée, jointe à une chance exceptionnelle, pour arriver à capturer l’un de ces intéressants félins, et pour le maintenir dans son tablier jusqu’au Pensionnat. Puis ce sont des disputes parce que chacune veut en avoir sa part.
Alors, la mère Saint-Jacques qui, en sa qualité d’Économe, est la Surintendante des chats, menace de les faire exterminer jusqu’au dernier, « puisqu’ils sont une source de désordre et de querelles. »
Et les petites de supplier, comme si la chose était imminente :
— Oh ! non, ma mère, ne les faites pas exterminer, on ne s’occupera plus d’eux.
En plus des chats, il y a des bêtes qui appartiennent à des groupes quelconques : classes, dortoirs, etc. De ce fait, Marie-Rose eut la propriété collective de quelques animaux : un rouge-gorge, un cochon d’Inde, une mouette et un poisson.
L’oiseau qui porte le nom banal de Fifi Rouge-Gorge appartient aux Vertes. Celles-ci s’en montrent très jalouses. La cage est accrochée dans leur classe ou posée sur le rebord de leur fenêtre. Toute ceinture étrangère est priée de passer au large.
— En allez-vous, Suzanne, vous l’effarouchez ; il ne peut pas souffrir le jaune.
Au dire de ses tutrices, cet étrange oiseau ne supporte que le vert.
L’été, les petites l’emmènent au Gros Poirier où elles passent l’après-midi ; et leur sollicitude ne lui laisse pas un instant de répit. On le trimbale du soleil à l’ombre et de l’ombre au soleil ; son habitation est remplie de sucre, de biscuit, de verdure et de fruits variés ; la voûte en est ornée de pendentifs nombreux qui font office de joujoux : l’espace libre se trouve très limité.
Dans les moments d’effusion, on se presse autour de la cage ; c’est à qui sera le plus près pour être distinguée par Fifi Rouge-Gorge, et on lui crie des amabilités à l’assourdir.
Le plus curieux, est que Fifi Rouge-Gorge semble se complaire au milieu du vacarme et de la bousculade. Quand, par hasard, ses jeunes tutrices, occupées à quelque tâche, le laissent en repos, on le voit immobile et silencieux sur son bâton. A la moindre velléité de récréation, il s’agite, se met à voleter dans sa cage, chante et piaille de bonheur.
En dépit de ce surmenage et des conditions hygiéniques déplorables dans lesquelles il se trouvait, Fifi Rouge-Gorge vécut très vieux. Marie-Rose, qui l’avait reçu de ses anciennes, le transmit à la génération suivante. Devenue Jaune, elle ne s’inquiéta plus de son sort.
L’année de Marie-Rose, M. l’abbé fit cadeau à son catéchisme de première communion, d’un joli petit cochon d’Inde qui fut baptisé de ce nom légèrement prétentieux : « le Phénix ».
Marie-Rose ne fut jamais folle de cet animal. Son museau drôlet, son poil soyeux, ses yeux en « bouton de bottine », la laissèrent indifférente. Mais elle s’amusa prodigieusement des méfaits qu’on lui fit commettre et qu’elle était la première à imaginer.
Le Phénix loge habituellement dans une caisse Sous la Barrière. Mais comme on a la permission de l’emporter aux Capucins, il se trouve à la tête d’un panier de voyage, lequel panier sert parfois pour l’introduire dans la classe de travail manuel dont il est chassé honteusement dès que l’on s’aperçoit de sa présence.
Le comble du grief est quand on le lâche dans les carrés de légumes pour qu’il s’y ébatte et y trouve pâture. La maraude ne serait pas bien grave, mais la chasse qu’on lui fait est terrible, et le père Mouche, le jardinier, s’en plaint amèrement à la mère Économe.
— Ces demoiselles ont encore pilaudé mes choux pour rattraper leur « Phénix ».
Le Phénix eut une existence éphémère. Il termina l’année scolaire en cours et n’en recommença point d’autre. Au surplus, la collectivité à laquelle il appartenait se trouvant dissoute, nul ne le réclama.
Un matin, après une nuit de tempête, on trouva sur la fenêtre de l’Ange Gardien une jolie mouette blessée, l’aile pendante. Tout de suite apitoyées, les pensionnaires voulurent recueillir le pauvre animal. Mais la mère Saint-Boniface n’avait point l’âme tendre, et il fallut une intervention longue, patiente, pleine de diplomatie de la petite sœur au voile blanc, pour qu’elle consentît à laisser ouvrir la fenêtre. Le dortoir affirma sa propriété.
— Nous avons une mouette, déclarèrent les intéressées.
A cause des circonstances dans lesquelles on l’avait hospitalisé, l’oiseau fut baptisé Moïsette, comme si un animal aquatique courait risque de naufrage.
Moïsette sut bientôt reconnaître celles à qui elle appartenait et s’attacha à elles par la reconnaissance de l’estomac. C’étaient toujours les mêmes, en effet, qui lui servaient de pourvoyeuses et lui apportaient en quantité les vers, les colimaçons, voire même, aux jours de sortie, les crevettes et les petits poissons, qui lui servaient de nourriture.
On aimait bien Moïsette, mais on ne prenait pas trop de libertés avec elle, parce qu’elle était d’humeur farouche et que son grand bec tenait à distance les hardies et les indiscrètes.
Ce fut Marie-Rose qui, involontairement, fut cause de son exil.
Dans la cour du Pensionnat, se trouvait une grosse futaille qui, campée debout et munie d’un robinet, servait à recueillir l’eau des toits, employée à l’arrosage. Par respect pour les vieilles appellations, cette futaille était dénommée gonne.
Or, un jour, le bruit courut que Moïsette était tombée dans le gonne et allait sûrement se noyer. Gros émoi dans le clan de l’Ange Gardien. On complote, on délibère, on étudie les meilleurs modes de sauvetage, et, finalement, on s’en remet à Marie-Rose qui affirme avoir trouvé un moyen.
Voici en quoi consistait ce moyen. C’était pendant l’ouvrage manuel, temps propice aux escapades, à cause de l’allée et venue nécessitée par les leçons et les études de piano. A trois que l’on était, on appliqua le long de la futaille, une échelle qui servait à rattraper les balles lancées dans les gouttières basses ; et, à l’aide d’un parapluie grand ouvert faisant office de filet, on tenta de repêcher l’oiseau. Moïsette, plus effrayée de l’appareil que de l’eau où elle se reposait bien à l’abri, fit la nique à ses patronnes et se sauva par ses propres moyens.
Mais le parapluie ne s’en était pas tiré sans quelque dommage. Or, il appartenait à une dame pensionnaire très soigneuse qui se plaignit. On ouvrit une enquête, et l’autorité supérieure, jugeant que la vie d’un oiseau — fût-ce Moïsette — ne valait pas que de petites pensionnaires risquassent de piquer une tête dans le gonne ou de se casser le cou en tombant d’une échelle, prononça un arrêt de déportation. L’enceinte fortifiée se trouva, dans l’espèce, être le jardin de M. l’abbé.
Il y eut tout d’abord des protestations chagrines. Moïsette avait été gâtée…, elle était accoutumée à trouver sa nourriture toute prête…, elle ne saurait point chercher pâture, etc. Il fallut que le bon aumônier s’engageât à veiller tout spécialement sur l’animal et même à lui ouvrir un crédit pour ses frais de poissonnerie.
Rassurées sur le sort de Moïsette, les enfants l’oublièrent progressivement ; et, à la rentrée suivante, il n’en était plus question.
Les Bleues eurent un cyprin doré qu’elles appelèrent Capitaine. Ce pauvre poisson, suivant l’expression de la mère Saint-Jacques, nageait peut-être dans l’abondance, mais sûrement pas dans l’eau propre. En effet, son bocal était tellement plein de biscuit et de pain azyme qu’il ressemblait à une soupière autant qu’à un aquarium.
Capitaine eut une fin tragique. Ce régime de bouillabaise convenant mal à sa nature, il languit, ne bougea presque plus et perdit ses brillantes couleurs. On s’attendait à le voir trépasser, quand on s’avisa que le froid n’était peut-être pas étranger à son état. Il fallut des ruses de Peau-Rouge, pour l’introduire en classe, et une fois là, l’installer sur le poêle, tout en le dissimulant aux yeux de la maîtresse. On y parvint cependant ; et, durant toute une soirée, on put croire à la réussite. Capitaine se remit à tourner autour de sa prison de verre ; il sembla plus alerte, plus désireux de vivre.
Hélas ! ce mieux n’était qu’apparent, et le lendemain, quand on vint pour faire le ménage, Capitaine, immobile, flottait à la surface de l’eau.
— Y a bien à craindre qu’il ne se soit trouvé un peu cuit, prononça la bonne sœur en guise d’oraison funèbre ; ces béteils-là, ça craint plus le chaud que le froid.
Capitaine fut enterré dans un linceul de feuillage, bien que sa nature même et la proximité de l’Océan semblassent le destiner plus particulièrement à l’immersion. Mais, à dix ou douze ans, on ne se pique point de logique.
Le parloir des frères…, les jacquots…, les bêtes…, ces choses sembleraient puériles aux jeunes mondaines qui attachent une importance considérable à la forme d’un chapeau, à la disposition d’une garniture de robe. Il n’est pas de même aux yeux des petites pensionnaires recluses dont la vie est faite de grands sentiments et de menus actes.
VII COINS DE COUVENT
La cour de la Communauté. — La cour de la Communauté est immense et solennelle ; elle a fort grand air.
Sur trois côtés, s’élèvent des bâtiments faits de gros cailloux noirs, sertis dans du mortier grisâtre. Les baies du rez-de-chaussée sont larges et cintrées, les fenêtres supérieures, très hautes avec de toutes petites vitres.
Des vignes superbes couvrent les murailles sombres au pied desquelles on a établi des plates-bandes où s’épanouissent à profusion les fleurs simples et gaies qu’on ne trouve plus ailleurs que dans les monastères ou le jardin des vieux curés : passe-roses et gueules de loup de toutes nuances, primevères de velours, scabieuses brunes tiquetées de jaune, ravenelles panachées, lupins blancs, thlaspis violets, verveines écarlates et ces coquelourdes pâles qui portent le joli nom de « roses du ciel ».
Le quatrième côté de la cour est occupé, moitié par un large escalier de granit à double palier qui conduit à la chapelle, moitié par une terrasse très découverte d’où la lumière arrive à flots. A la terrasse s’adosse une immense citerne plus élevée que le sol d’environ un mètre au milieu de laquelle on voit un cadran solaire portant la date de 1672.
Le bâtiment principal appelé couramment « Maison aux Honneurs » renferme la Salle du Chapitre, la Grand’salle de réunion et les cellules des dignitaires : Supérieure, Assistante, Intendante, Préfètes, Conseillères, etc. A droite, habitent les religieuses de moindre importance ; à gauche se trouve le Noviciat dont l’étage supérieur est occupé par les sœurs converses, les « bonnes sœurs », comme on dit au couvent.
Dans une tourelle octogonale cinq cloches sonnent les heures ou carillon.
Le réfectoire des religieuses, au rez-de-chaussée de la Maison aux Honneurs, est masqué par une palissade de lauriers-tin et d’arbousiers où nichent une quantité énorme d’oiseaux chanteurs. Mais, par une large porte cintrée toujours ouverte, on aperçoit le superbe escalier que les Mères descendent deux fois par jour au moment des repas.
Cela se passe avec beaucoup de décorum. Au premier coup de cloche, elles se réunissent dans la Grand’salle, la robe traînante, les manches rabattues. Au second coup, les plus nouvelles devant, la Supérieure et l’Assistante derrière, elles défilent deux par deux, en silence, avec un salut profond à leur patron saint Augustin, dont la statue garde le vestibule d’honneur.
L’ensemble de cette cour de Communauté n’est point trop austère, grâce à la verdure et aux fleurs qui s’y trouvent à profusion, mais il demeure grave et recueilli.
Aussi quelques mères intransigeantes, parmi celles qui n’ont point directement affaire avec les enfants, ne peuvent-elles prendre leur parti de voir cette grande paix troublée trois fois par jour. Pour la commodité du service, en effet, on a établi le réfectoire du Pensionnat dans l’un des rez-de-chaussée, à proximité des cuisines, et le désordre qui résulte de l’allée et venue des enfants leur semble une profanation.
Nulle part, pourtant, les rangs ne sont mieux alignés, le babillage plus discret, mais il reste un chuchotement, un piétinement confus et — ne fût-ce que cela — l’envahissement par des profanes de cet endroit sacré.
Pour les enfants, au contraire, cette incursion quotidienne en territoire étranger est une source de joies. Le défilé des religieuses se rendant au réfectoire, les sœurs converses qui, paisiblement, accomplissement leur humble tâche, un morceau de la vie du Noviciat que l’on happe au passage, sont autant d’aubaines dans l’existence toujours semblable des petites pensionnaires — des aubaines et, très souvent, une source de bon exemple.
Le Jardin aux Chats. — Entre Sous la Chapelle et le Pensionnat se trouve un jardin minuscule que les enfants, accoutumées aux vastes espaces, trouvent extrêmement comique.
Tout y est petit, petit : petites allées, petites plates-bandes, petites corbeilles où poussent de petites plantes qui donnent de petites fleurs. On y voit éclore tour à tour et suivant les saisons le réséda, le basilic, la violette, le muguet et cette hampe mignonne qui porte le nom significatif de « désespoir des peintres ».
Les fillettes ont dénommé ce coin Jardin aux Chats, non que les chats s’y montrent volontiers, s’y trouvant trop près de leurs tyrans, mais il leur est avis que les chats seuls, grâce à leur petite taille et à leurs mouvements pleins de souplesse, sont aptes à circuler dans ce jardin de Lilliput.
Les Capucins. — Tout un quartier du couvent s’appelle les Capucins, du nom des moines qui en furent propriétaires avant les chanoinesses de Saint-Augustin.
Ce quartier comprend d’abord un immense potager entretenu à miracle ; et, comme les seuls arbres qui s’y trouvent : espaliers et quenouilles, ne donnent pas d’ombre, il est continuellement et vigoureusement ensoleillé. Dans la très large allée qui le sépare en deux — la Bonne Allée — on fait faire des cures de lumière et de soleil à celles qui en ont besoin. Les modestes religieuses du temps de Marie-Rose avaient, en cela, devancé les hygiénistes modernes.
Au-dessus du potager s’étend une vaste esplanade plantée de châtaigniers et de noyers plusieurs fois centenaires. C’est là, dans cette atmosphère saine et vivifiante, que se passe la récréation aux jours de beau temps. C’est là aussi que se trouvent les jardinets cultivés par les enfants avec beaucoup d’intérêt et de goût. L’« éducation de la terre » que l’on s’efforce de mettre à la mode n’est donc point une invention nouvelle. Elle était pratiquée, encouragée, récompensée dans le couvent de Marie-Rose et dans maints autres couvents. On y mettait en pratique le conseil de saint François d’Assise à ses fils spirituels : « Cultivez autour de vous des plantes nourrissantes, des plantes guérissantes et des plantes récréantes. »
Du potager, on gagne l’esplanade par une jolie petite avenue montante bordée de noisetiers et que, pour cette raison, on nomme l’Allée aux Coudres. Par les grandes chaleurs, l’ombrage de l’Allée aux Coudres semble délicieuse en contraste avec le soleil qui sévit brutalement alentour.
Mais ce que les enfants y aiment surtout, c’est la Notre-Dame qui leur sourit au milieu des mousses, des fougères, des sédums et des saxifrages dont ce coin charmant est tapissé.
Notre-Dame aux Coudres est la patronne des études, comme la Notre-Dame de Nazareth est la consolatrice des affligées. C’est elle que l’on implore, elle à qui l’on porte de petits bouquets pour obtenir une bonne composition.
Quand l’ancienne petite Gourregeolles se remémore son cher vieux Couvent, elle n’y trouve pas un coin qui ne soit paisible, accueillant et bon, reposant pour l’âme autant que pour le corps.