M. PANIZZI (continued 4)
Reading edition
On croit que Garibaldi est perdu et que la seule question est de savoir s'il mourra avec sa jambe ou si on la lui coupera avant sa mort. Tout cela fait beaucoup d'honneur à ce Partridge et aux trente ou quarante médecins ou apothicaires qui se sont abattus sur le blessé comme des corbeaux sur un cadavre.
L'affaire de Grèce fait ici beaucoup de sensation, non qu'on s'intéresse beaucoup au roi Othon ou à son petit peuple, mais c'est un premier craquement dans le bâtiment oriental que lord Palmerston croit si solide. Ici, on a remarqué le langage des journaux anglais, qui tout d'abord, avant qu'on ait rien su des causes de la révolution, ont pris parti pour elle. Ils sont fidèles à la théorie fort sage de l'intérêt national, et il est évident que les îles Ioniennes à coté d'une Grèce libre sont difficiles à gouverner.
D'un autre côté, il va devenir fort embarrassant de donner un successeur à cet affreux Bavarois qu'on a mis à la porte. Les Grecs, autant que j'en puis juger par ceux que je connais ici, voudraient le duc de Leuchtenberg, c'est-à-dire le protectorat russe. On parle aussi d'un prince piémontais, mais il n'y en a pas de trop pour l'Italie. Je ne serais pas surpris si cette affaire prenait bientôt des proportions considérables.
On nous promet pour le mois prochain un procès très curieux à Poitiers. Il s'agit d'une séparation de corps. On entendra un révérend père jésuite qui donnait des consultations à la femme sur l'attitude ou les attitudes qu'elle devait prendre dans l'exercice de ses devoirs conjugaux. Il y a, m'a dit le juge instructeur, qui m'a offert une place dans la cour, un mélange très agréable de religion et de luxure dans toute l'affaire. Berryer et Jules Favre doivent plaider.
Adieu, mon cher Panizzi. Il fait ici très beau, mais froid.
CXIII
Paris, 31 octobre 1862.
Mon cher Panizzi,
Toutes vos lettres me sont arrivées à bon port. Lorsque vous m'avez parlé du dîner que vous donniez au commentateur d'Homère, je n'avais aucun moyen d'en parler à nos amis. D'ailleurs, il est évident qu'on est très peu communicatif en ce moment. Je crois vous l'avoir dit: l'affaire que l'on voulait arranger par ce remue-ménage a manqué par l'opposition que nos amis y ont apportée. César avait-il son plan? Cela est probable. Ce plan a manqué, et le résultat a été un désappointement pour tout le monde.
Quant à M. Fould, en y songeant bien, il lui était difficile de faire autrement qu'il n'a fait. Cela ne veut pas dire qu'il a eu raison; seulement, lorsqu'il avait repris sa position, il a eu tort de ne pas insister davantage pour qu'on le débarrassât des intrigants et des drôlesses qui pouvaient lui nuire. Aujourd'hui, laissant sa casserole sur le feu, il aurait eu l'air d'avoir renoncé à l'espoir de faire un bon ragoût. Puis ses collègues n'étaient pas trop pressés de le suivre. Enfin, tout le monde des gens d'affaires était prêt à lui jeter la pierre et à l'accuser personnellement de toutes les conséquences. Je crains, ainsi que vous, que bientôt il n'ait à se repentir d'avoir cédé à toutes ces considérations; mais, d'ici à quelque temps du moins, on a trop besoin de lui pour le kick out.
Adieu, mon cher Panizzi. Je vous écris fort à la hâte. On m'a fait perdre du temps et voici l'heure de la poste.
CXIV
Paris, 18 novembre 1862.
Mon cher Panizzi,
Je suis arrivé depuis cinq minutes, et, pendant tout le temps que j'ai passé à Compiègne, je n'ai pas eu une minute. Ce n'est pas comme à Biarritz. On est pris du matin au soir. Ajoutez à cela que j'ai eu deux rôles à apprendre en très peu de temps et des répétitions soir et matin. Tout s'est, d'ailleurs, fort bien passé.
L'impératrice s'est montrée très aimable pour le chevalier Nigra et pour un attaché nommé Alberti qui lui donnait des leçons d'italien.
On a chassé, dansé et joué la comédie. C'est M. de Morny qui avait fait les deux pièces jouées devant Leurs Majestés. La seconde était un impromptu commandé par l'empereur, qui en avait donné lui-même le sujet. Cela s'appelle la Corde sensible.
Il y avait un point assez délicat: c'était de faire des épigrammes sur les gens présents, à commencer par Leurs Majestés. Tout cela entremêlé de calembours et de lazzis de toute sorte. M. de Morny, qui était en scène avec moi, était un peu ému. Pour moi, connaissant de longue main la débonnaireté de nos hôtes, je n'avais pas la moindre inquiétude de succès.
M. de Morny a commencé par faire les honneurs de lui-même. Ensuite nous avons passé à lord Hertford qui, en entendant son nom, a eu une peur de chien. Il a été très heureux de trouver que tout se bornait à un calembour. Il a une maison de campagne du bois de Boulogne qui s'appelle Bagatelle, et je demandais à M. de Morny s'il était vrai que ce seigneur anglais si riche ne s'occupât que de bagatelles? Puis est venu le tour de l'empereur, que nous avons impitoyablement raillé sur son goût pour les antiquités romaines. Enfin est venu le tour de l'impératrice, pour sa passion de meubler et d'arranger les appartements de manière à ce qu'on ne puisse s'y remuer.
Nous avons eu un grand succès de rire et nous nous sommes assez amusés, nous autres acteurs, de la peur que nous faisions. On a voulu me retenir, mais je me suis défendu, et, à la fin de la semaine, je partirai pour Cannes, où se trouvent déjà mademoiselle Lagden et sa soeur. Vous devriez bien y venir respirer le parfum de nos fleurs.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien. Je suis aussi fatigué de mes dix jours de cour que si je descendais de la Rune.
CXV
Cannes, 30 novembre 1862.
Mon cher Panizzi,
Lord Brougham est arrivé depuis trois jours en état de conservation assez extraordinaire pour un jeune homme de quatre-vingts ans. Le professeur Cousin est établi, depuis quinze jours, dans son ermitage, et il m'a paru rajeuni. Il est vrai qu'il va tous les dimanches à la messe, ce qui fait beaucoup de bien au corps et à l'âme.
En quittant Compiègne, j'ai été pris de douleurs d'estomac et de spasmes très douloureux. J'ai consulté la faculté. Je ne sais si l'on m'a flatté, mais le verdict de mon Esculape n'a pas été aussi mauvais que je l'aurais craint. Je croyais avoir quelque fâcheuse affaire au coeur ou dans ces parages. On m'a déclaré atteint et convaincu d'emphysème: c'est-à-dire que mes poumons fonctionnent comme les vieux soufflets. De plus, j'ai un rhumatisme des muscles intercostaux. On ne peut rien faire pour réparer les premières avaries, mais le rhumatisme peut guérir. On me dit d'aller à Aix ou dans les Pyrénées prendre des eaux sulfureuses. Enfin on me garantit encore cet hiver, ce qui me semblait fort hardi, il y a quelques jours. Je me trouve, d'ailleurs, bien du changement de climat. Il pleut depuis deux jours, et cependant il fait chaud comme en été.
Les Anglais que j'ai vus disent tous qu'on ne veut pas du trône de Grèce pour le prince Alfred. Cependant sa candidature fait des progrès. Je pense que lord Palmerston, qui croit que la Turquie est en progrès et qu'elle peut se conserver en Europe, refusera le trône brûlant, ou bien il sera obligé de changer son style et sa politique en Orient. De toute façon, j'espère que nous ne nous mêlerons en rien de cette affaire.
Je ne sais pas encore comment aura fini la discussion dans le parlement italien. Quand j'ai quitté Paris, il me semblait que Ratazzi avait l'avantage. Croyez-vous que Garibaldi, maintenant que sa balle est sortie, recommence sa chasse au pape? Des gens qui viennent de Naples disent que le pays ne va guère bien. Si vous y allez, prêchez-leur la patience et faites un beau commentaire sur ce texte: que Paris n'a pas été bâti en un jour.
Vous savez que je disais à notre hôte de Biarritz que les légitimistes montreraient le bout de l'oreille dans les prochaines élections. En effet, presque partout ils se remuent et se coalisent avec les rouges. J'espère que cela ne réussira pas, mais que cela montrera à notre hôte susdit de quel côté il doit chercher ses amis.
M. Fould est à Compiègne depuis avant-hier. Il m'a écrit par le télégraphe que Leurs Majestés voulaient avoir de mes nouvelles. Vous a-t-on écrit par le Times? Comme on fait là beaucoup de projets qu'on n'exécute pas, il se peut bien que celui-ci ait eu le sort de tant d'autres.
Adieu, mon cher Panizzi; donnez-moi de vos nouvelles ici et de celles de vos amis.
CXVI
Cannes, 6 décembre 1862.
Mon cher Panizzi,
Je suis en peine des élections. D'après ce que je vois, je crains que les prêtres ne nous taillent des croupières. Le pouvoir de ces gens-là est grand. Ils disposent de la moitié et de la plus belle du genre humain, et cette moitié mène l'autre. Dans quelques départements, les cléricaux font ménage avec les rouges, et presque partout ils exercent une influence considérable.
Ellice m'écrit qu'il passera par Cannes vers le 25 et qu'il viendra me demander à dîner. Il m'annonce des faisans. Faites en sorte qu'il ne les oublie pas, si vous le voyez avant son départ.
Adieu; je suis horriblement pressé et n'ai que le temps de vous souhaiter santé, joie et prospérité.
CXVII
Cannes, 13 décembre 1862.
Mon cher Panizzi,
Je suis sans nouvelles d'Ellice et des faisans. Je crois le bear à Bowood; mais je ne l'attends guère qu'à la fin de l'année. Je sais qu'il ne se presse pas quand il est dans de bons quartiers, et il m'a dit qu'il comptait passer quelques jours chez M. Duchâtel, qui lui fera boire du vin du cru, lequel, pour arrêter les voyageurs, est bien supérieur, à mon avis, au chant des sirènes.
Nous avons ici un temps merveilleux, même pour le pays. Depuis dix heures jusqu'à la nuit, on est en plein été, et, comme il y a eu quelques jours de grande pluie, tout est vert et florissant. Je désire que vous ayez à Naples un temps pareil. Il ne peut pas être plus beau. J'ai envoyé l'autre jour à l'impératrice une patate venue en pleine terre à Cannes, qui pèse cinq kilogrammes trois cents grammes. Que dites-vous de ce sol et de ce climat? Je ne crois pas qu'on ait quelque chose de semblable à Malaga.
J'ai eu des nouvelles de la comtesse de Montijo, qui me demande comment vous vous portez. Elle est réinstallée à Madrid sans rhume. Elle m'annonce une session assez chaude. Je crois pourtant que O'Donnell conservera la position.
Je vois qu'en Italie on a fait un ministère anti-français. Cela n'est pas trop habile. Au reste, je crois assez au bon sens des Italiens, et j'espère que les nouveaux venus ne donneront pas une nouvelle représentation des fredaines garibaldiques. Cet infortuné Garibaldi écrit des lettres inconcevables. Avez-vous lu celle qu'il écrit à Nélaton? He out herods Herod.
L'empereur a eu un succès véritable, l'autre jour, à l'ouverture du boulevard du Prince-Eugène. Son discours, qui était fort adroit, a produit grand effet. Les ouvriers du faubourg Saint-Antoine lui savent gré d'avoir nommé, d'après un simple ouvrier, devenu par son talent un riche fabricant, un des nouveaux boulevards. Je ne sais où il se renseigne pour si bien comprendre les instincts du peuple. Je voudrais qu'il satisfît également un autre désir de la nation française en tenant un peu mieux en bride ses évêques et son clergé.
Quand vous serez à Naples, vous me direz candidement quelle est la situation. Je vous promets, si vous le désirez, de tenir vos renseignements sous le boisseau. Je reçois de ce pays des rapports si contradictoires, que je ne puis m'empêcher de croire qu'il y règne une grande diversité d'opinions, ou plutôt qu'il y a deux partis bien dessinés, très forts l'un et l'autre et difficilement réconciliables. Le mal, c'est que la plupart de nos diplomates qui ont été à Naples sont, par leurs relations sans doute, très attachés au parti bourbonien.
Adieu, mon cher Panizzi; je vous souhaite une belle traversée. J'ai eu hier la visite du roi Louis de Bavière. C'est un bon diable, très vicieux et spirituel.
CXVIII
Cannes, 3 janvier 1863.
Mon cher Panizzi,
Ellice m'a apporté des journaux américains très curieux, qui contiennent une relation de la bataille de Fredericksburg. C'est une horrible boucherie sans le moindre résultat. Il y a de part et d'autre de très bons soldats, mais pas de généraux. Cela continuera probablement encore cette année et le destin des chats de Kilkenny est le seul augure qu'on puisse tirer pour l'avenir de ce pays.
Je suis impatient de savoir comment vous avez trouvé Naples et ce que vous pensez du présent, du passé et du futur. Mon journal me dit que Garibaldi doit aller prochainement à Naples. Croyez que ce roi des niais n'a pas encore dit son dernier mot, et qu'il y a encore des bêtises dans son sac.
Ici, depuis que la question du Mexique a pris des proportions inquiétantes, on ne se préoccupe plus tant de la question italienne. Nous la verrons cependant reparaître lors de la discussion de l'adresse. Si je suis assez bien, comme je l'espère, je compte aller à Paris pour l'ouverture des débats, c'est-à-dire vers le 20 de ce mois. Je reviendrai ensuite ici pour y passer les mauvais temps du mois de février et du commencement de mars. Décidément je veux vendre cher ma peau, et me défendre contre le froid et la vieillesse aussi longtemps que je le pourrai.
Votre ami le prince impérial a été très souffrant d'un gros rhume; il est à présent parfaitement remis.
Comment vous trouvez-vous du climat de Naples? Je pense avec envie aux macaronis que vous mangez, aux trigli di noglio et autres productions du pays qui, au palais de lady Holland, doivent être fort embellies par l'art. N'oubliez pas de m'acheter une main de corail pour me préserver de la jettature, et de garder note du prix.
Rothschild, comme vous avez pu voir, a donné à l'empereur une chasse et un déjeuner magnifiques dans son château de Ferrières. On dit que, lorsque l'empereur est reparti pour Paris, Rothschild lui a dit, avec l'accent et le français germanique que vous lui connaissez: «Sire, mes enfants et moi, nous n'oublierons jamais cette journée. Le mémoire nous en sera cher.»
J'ai vu ce matin lord Brougham, qui me semble bien vieilli et cassé. On dit qu'il écrit ses mémoires, lesquels seront longs et peut-être pas trop véridiques.
Adieu, mon cher Panizzi; santé, joie et prospérité en cette présente année comme dans les suivantes.
CXIX
Cannes, 16 janvier 1863.
Mon cher Panizzi,
Je vous ai demandé des considérations politiques sur l'Italie méridionale, mais ce n'est pas une raison pour ne pas me donner des nouvelles des fouilles de Pompéi et d'ailleurs. Si quelque mémoire très curieux à ce sujet venait à paraître, et qu'il ne vous surchargeât pas trop, pensez à le rapporter à votre féal. Je me recommande également à vous pour une petite boîte de bonbons à la cannelle.
Adieu, mon cher ami; je vous envie la vue du Vésuve et le dîner que vous venez de faire. Ellice est à Nice, guéri, fort comme un lion. Il viendra faire mon oraison funèbre.
CXXI
Cannes, 3 février 1863.
Mon cher Panizzi,
Mille remerciements pour le rapport de M. Settembrini sur les moulages de Pompéi. C'est un peu poétique et pas assez précis; mais le renseignement que vous m'avez donné sur la façon dont les Romains se rasaient, vaut toute la description du journal.
Je ne puis vous parler politique à une si grande distance des lumières. Je n'admets pas ce que vous me dites de l'influence exercée sur l'Italie par l'occupation de Rome, quelque opposé que je sois, comme vous savez, à la chose. Le brigandage est facile dans un pays où il y a de mauvaises routes, où les centres de population sont très éloignés, où enfin il y a des lois qui empêchent de procéder comme faisait le général Manès, qui, en un an, avait fusillé tant de coquins et tant de soi-disant coquins, qu'il n'est plus resté que des gens aussi vertueux qu'on en voit dans les romans. Sous cette administration philanthropique, on pouvait se promener avec de l'or plein ses poches de Naples à Tarente. On effrayait les pauvres diables qui craignaient d'être fusillés, si on venait à perdre cet or.
Ce système appartient au premier empire et à celui de Nicolas, et n'est plus applicable maintenant. Mais voici ce que j'ai vu faire par une bonne administration. Aucun pays n'est plus convenable aux brigands que l'Espagne. Il y en avait eu sous tous les régimes. Le duc de la Ahumada a été chargé d'organiser la gendarmerie. Il a si bien fait, qu'au bout d'un an il n'y a plus eu un brigand en Espagne. Le gendarme espagnol est aussi actif, aussi solide, et plus désintéressé, que le policeman de Londres, qui reçoit une couronne avec reconnaissance. Le gendarme espagnol serait chassé du corps s'il acceptait une rémunération, et j'en ai vu qui refusaient des cigares de votre serviteur. Vous n'aurez plus de brigands dans le sud de l'Italie, lorsque vous aurez une bonne administration. Pour cela, il ne faudrait pas changer trop souvent de ministres.
On est très inquiet du Mexique, et chaque jour fait regretter davantage cette expédition. Il se fait tant de bêtises en Allemagne, que quelqu'un qui aurait les millions et les milliers de soldats du Mexique, pourrait joliment pêcher en eau trouble.
Je ne comprends pas et je déplore la campagne de lord Russell en faveur des Polonais, campagne dans laquelle il veut nous entraîner, et nous a probablement entraînés. Je tiens pour vrai un proverbe russe qui dit que le bon Dieu a pris ce que vous savez d'un ciron mâle pour faire la cervelle de tous les Polonais.
Adieu, mon cher Panizzi. Portez-vous bien et donnez-moi de vos nouvelles.
CXXII
Cannes, 5 février 1863.
Mon cher Panizzi,
J'ai reçu votre lettre et je suis bien fâché de vous savoir toujours souffrant de rhumatismes. Si le beau climat de Naples n'y peut rien, vous devriez essayer de la gymnastique. Payez un homme pour lui donner des coups de poing, cela vous dégourdira les bras, et, au bout d'une semaine, vous verrez qu'il vous demandera un supplément. J'avais une douleur dans l'épaule gauche qui a disparu au moyen de l'archery.
Vous aurez appris la mort de lord Lansdowne. C'est le dernier des grands seigneurs que j'ai connus. Il n'y a pas eu d'homme plus heureux au monde, du moins en apparence, si la considération générale fait quelque chose au bonheur. Lord Brougham ici en est très affecté. C'est d'ailleurs un avertissement, et je crois qu'il était l'aîné de lord Lansdowne.
Ellice est-il ou n'est-il pas lord Glengurry? On dit non à présent. Je lui ai écrit il y a quelques jours, au Right honorable tout bonnement, et je n'ai pas de réponse. Je sais qu'il a refusé d'être lord de je ne sais quoi, il y a quelques années. Au reste, comme disait M. Royer-Collard à M. Pasquier lorsqu'il fut fait duc, «cela ne le diminue pas».
Que dites-vous de cette énorme brioche de notre ami Odo Russell, doublée de celle de son oncle? Représentez-vous les rires homériques du sacré collège. A quoi sert-il d'avoir de l'esprit? N'avez-vous pas remarqué que les Anglais, et les gens du Nord en général, ne comprennent pas du tout la plaisanterie des gens du Midi? Le frère de Meyerbeer, qui était Prussien et poète, se figurait toujours que je me moquais de lui, et, si je lui offrais des épinards à dîner, il me disait: «Épargnez-moi.» Cette offre faite au pape par lord Russell, et sa note sur les affaires de Schleswig sont de lourdes charges pour un ministre des affaires étrangères, et je crois que lord Derby les lui fera cruellement expier.
J'ai laissé voter l'adresse, nemine contradicente. M. Billaut s'en est tiré assez bien. Tout le monde attend quelque chose. Je suis intimement convaincu qu'il n'arrivera rien. Les réformes du pape sont une facétie à laquelle personne ne croit; mais les mesures qu'il prendra auront pour effet de montrer la corde, comme on dit. Il est impossible qu'il puisse entretenir son état-major sans l'employer à mal faire, et il n'y a point de pape sans état-major. Ergo! Tout cela est pour l'année prochaine. La grande affaire est que, d'ici là, les affaires en Italie aillent tranquillement et que Garibaldi ne fasse pas des siennes.
Les orléanistes, les rouges et les carlistes se donnent beaucoup de mouvement pour les prochaines élections, et presque partout les trois partis se coalisent. Cela ne fait honneur à aucun d'eux. Je crains un peu le résultat. Notre ami le docteur Maure est candidat ici, agréé par le gouvernement, grâce à M. Fould et à votre serviteur; mais tous les calotins sont déchaînés contre lui et inventent chaque jour quelque petite noirceur.
Adieu, mon cher Panizzi. Avez-vous entendu parler de la saisie d'un livre du duc d'Aumale sur la maison de Condé? Je n'y comprends rien et cela m'afflige.
CXXIII
Cannes, 11 février 1863.
Mon cher Panizzi,
Le docteur Maure m'a conseillé de rester ici m'assurant que, si j'allais me fourrer en cet état dans les boues et les brouillards de Paris, je deviendrais sérieusement malade. J'ai donc pris mon parti très facilement et d'autant plus qu'on m'écrivait que la discussion de l'adresse ne donnerait lieu à aucun incident. En effet, tout a été bâclé sans conteste. Le prince Napoléon a, je crois, mal fait de voter contre. Il eût mieux valu ne pas voter du tout; mais il ne sait pas résister au plaisir de faire une malice. Il est toujours prêt a faire des sottises et il ne manque pas de gens qui les lui conseillent. Son discours, lors de la distribution des récompenses aux industriels, avait été habile, il aurait dû en rester là.
Je reçois ce matin une lettre d'un de mes amis qui revient de Sicile. Il dit le pays très agité et très mal disposé. Les routes sont peu sûres, mais plutôt par suite de l'insuffisance des moyens de répression contre les voleurs que par excitation politique.
Lord Russell ne se tire pas trop mal de la bévue de son neveu, qui a pris pour argent comptant une plaisanterie du pape.
Les prêtres font tous les jours des progrès. Je pense aller à Paris vers le 20 pour une dizaine de jours. Cousin est toujours ici se portant à merveille. Je vais voir Ellice demain. Il n'est pas et ne veut pas être lord Glengurry. Il dit qu'il veut vivre et mourir comme il a vécu, a citizen of the world.
Adieu, mon cher Panizzi; tâchez de secouer vos rhumatismes et de faire provision de santé pour les rigueurs du printemps.
CXXIV
Paris, 21 mars 1863.
Mon cher Panizzi,
Merci de votre lettre. Il me semble que vous voyez les choses en noir. Du désordre me paraît probable à Naples, mais je ne crois pas à une révolution, ni même à des mouvements sérieux. Le grand malheur de l'Italie, si je suis bien informé, est que, depuis longtemps, les gens honnêtes et éclairés ont été ou se sont tenus tout à fait écartés des affaires. Il en résulte qu'on ne trouve personne pour les faire. Prendre des Piémontais est le moyen d'exciter la jalousie des autres Italiens, et donner des administrateurs du pays à chaque province est le moyen que rien ne marche et qu'on fasse des bêtises. Il faut du temps et de la patience.
Je viens d'assister aux dernières séances du Sénat, séances assez orageuses, grâce au prince Napoléon. Rien de plus éloquent, de plus incisif et de plus spirituel que son discours, mais en même temps rien de moins politique et de moins princier. Il a une absence de tact incroyable dans un homme d'esprit. Le résultat a été de faire perdre aux Polonais une quarantaine de voix. Je ne sais pas, à la vérité, si son but, en prenant la parole, était d'être utile aux Polonais. C'est un homme blasé qui cherche à s'amuser. Il pense à l'effet qu'il produira, et tout est dit. De ses clients, il s'en soucie fort peu. Tant il y a que nous avons blackboulé la pétition des catholiques et des académiciens.
La question polonaise d'ailleurs fait grand bruit, du moins à Paris, car en province personne ne s'en occupe. Selon l'usage, cette question a rejeté toutes les autres sur le dernier plan. On ne pense plus ni à l'Amérique ni à l'Italie. Tous les journaux sont pourvus de nouvelles venant de Posen ou de Cracovie, toutes d'origine polonaise et qui sont, en général, des mensonges. Cependant il est certain qu'il y a un mouvement national très énergique. Quant au nombre des insurgés, il n'est pas considérable, et ils se tiennent sur les frontières de Galicie, à la lisière des forêts, afin de se ménager une retraite. Ce qui est assez étrange, c'est qu'à Cracovie il y a un bureau public d'enrôlement, avec drapeaux polonais et affiches majuscules, à quelques pas d'une sentinelle autrichienne. Vous savez que l'Autriche ne craint pas d'insurrection de ce côté. Les paysans galiciens sont grecs; les gentilshommes sont catholiques. L'Autriche à fait du bien aux paysans, et, en 1846, lorsque les gentilshommes ont voulu remuer, elle a lâché sur eux les paysans, qui les ont massacrés. C'est toujours le magnifique exemple d'ingratitude que le prince Félix Schwartzenberg annonçait après la campagne de Hongrie.
Vous aurez vu que, après un long entretien avec l'empereur, M. de Metternich est parti pour Vienne, d'où il revient la semaine prochaine. Personne ne sait de quelles propositions il est porteur, et, par conséquent, chacun donne ses suppositions comme les tenant de bonne source. Apprenez que l'Autriche va nous céder la Vénétie, qu'elle envoie quatre cent mille hommes en Pologne, pendant que nous donnerons une raclée aux Prussiens; nous prendrons les provinces rhénanes et nous donnerons à l'Autriche la Silésie, la Serbie, je ne sais quoi encore. Nous ferons un royaume de Pologne et on le jouera aux dés. Voilà ce qui se dit de plus sensé pour le moment. La seule chose qui me semble probable, c'est un rapprochement entre l'Autriche et nous. Ce que cela peut amener, je n'en sais absolument rien.
On est mécontent ici de ce que fait, ou plutôt ne fait pas, le général Forey au Mexique. On annonce ce soir que le paquebot qui apporte les nouvelles était en vue ce matin; ainsi on aura des lettres demain.
J'ai dîné mardi avec nos hôtes de Biarritz, tous les deux en parfaite santé. Votre jeune ami, qui vient d'avoir sept ans le 16 de ce mois, a passé sa première revue et a manoeuvré très bien avec les enfants de troupe. On a demandé pour lui le grade de sergent, mais on a répondu qu'il n'avait pas encore le temps de service exigé par les règlements. Il n'a plus de kilt, mais des knicker-bockers qui lui vont à merveille. Il est toujours très gentil et commence à bien étudier.
Adieu, portez-vous bien. N'oubliez pas de m'apporter une corne contre la jettatura.
CXXV
Paris, 5 mai 1863.
Mon cher Panizzi,
Je suis allé hier aux Tuileries. L'impératrice m'a demandé de vos nouvelles et pourquoi, passant par Paris, vous n'aviez pas déjeuné avec elle? Nigra et les attachés de la légation italienne paraissent en grande faveur, faveur toute personnelle, bien entendu. Hier, ou plutôt aujourd'hui, l'impératrice a retenu autour d'elle huit ou dix personnes, dont Nigra et deux attachés. On ne nous a lâchés qu'à deux heures un quart.
On reçoit à l'instant la nouvelle que Puebla a capitulé après deux combats dans lesquels les Mexicains ont été complètement battus.
Rien de nouveau de la Pologne, si ce n'est la publication dans le Moniteur de deux réponses russes. Celle qui nous concerne est très douce. Il me semble que, si j'étais à la place d'Alexandre, je répondrais d'une autre encre.
Les élections, je le crains, se feront à la diable.
Adieu, mon cher Panizzi. Je suis toujours souffreteux, respirant mal et de mauvaise humeur.
CXXVI
Paris, 11 mai 1863.
Mon cher Panizzi,
Vous ai-je conté l'histoire du général X... et de sa femme, qui est une puritaine renforcée? Elle a fait arranger son hôtel à ***, où il commande une division. Dans toutes les pièces, elle a fait mettre des inscriptions tirées des Écritures; et, dans la chambre à coucher, il n'y en a qu'une, notez-le bien, à la manière anglaise; on lit en lettres d'or: «Faites le bien tous les jours.»--Il a un peu perdu la tête de vanagloria, comme disent les Espagnols. Il donne lui-même le bras à la générale comme l'empereur à l'impératrice, ce qui semble un peu drôle. Il disait à madame de Z..., la fille du général qui commandait à *** avant lui: «Comment votre père pouvait-il habiter une baraque comme celle qu'il occupait? Moi, je n'oserais pas loger ainsi mon aide de camp.--Oh! général, mon père était un vieux soldat, et il était trop grand seigneur pour faire attention à ces choses-là.»
L'impératrice est très enrhumée pour être allée à Fontainebleau essayer une gondole vénitienne sur le lac. Je ne m'explique pas trop comment elle peut entrer sous la felce avec la crinoline, ni comment on manoeuvre la gondole, si l'on n'a pas apporté en même temps des gondoliers vénitiens.
Je vous ai raconté l'année passée une aventure fort étrange avec une dame inconnue dont j'ai fait cependant la connaissance. Cela m'en a attiré une autre dix fois plus extraordinaire et qui me donne une idée bien avantageuse de notre époque. L'espace me manque pour vous conter la chose et, d'ailleurs, ma moralité en souffrirait trop. Le fond de la question est que les jeunes gens n'aiment plus que les lorettes, de sorte que les femmes honnêtes sont obligées de recourir aux vieillards. C'est une personne fort bien d'esprit et de corps, folle, à ce que je crois.
Adieu, mon cher Panizzi; mille amitiés et compliments.
CXXVII
Paris, 21 mai 1863.
Mon cher Panizzi,
J'ai revu mon incognita, toujours fort brûlante, et je ne sais plus qu'en penser. Je lui ai promis de ne pas chercher à savoir qui elle est, et, dans le fond, cela m'importe fort peu. Les conjectures que j'avais faites se sont trouvées tout à fait mal fondées, en sorte que je n'y comprends plus rien du tout. Elle a de l'esprit, elle est très gaie et folle. Elle m'a dit qu'elle est Italienne, et, en effet, elle parle l'italien très facilement, et, à ce qu'il me semble, sans accent. Elle en a en parlant français, mais pas l'accent italien. Comme ce siècle de fer est drôle! Je crois que, vous et moi excepté, tout le monde est fou.
Il y a ici beaucoup d'excitation pour les élections. M. de Persigny ressemble à un cocher qui tire sur les rênes et donne des coups de fouet à tort et à travers. Sa lettre sur la candidature de Thiers a fait mauvais effet parmi les gens comme il faut; mais on m'assure qu'elle en a produit un tout autre sur les épiciers, qui forment la masse des électeurs.
Notre ami du faubourg Saint-Honoré est allé travailler l'élection de son fils, et manque un terrible déjeuner chez Ragelle. Il est parti plus in spirits que lorsque vous l'avez vu. Personne ne doute qu'après les élections il n'y ait un remaniement ministériel considérable, et, jusqu'à présent, l'apparence est que la couleur politique à laquelle appartient notre ami sera renforcée. Comme la chose dépend en dernière analyse de la volonté de quelqu'un dont on ne sait jamais la pensée, tout est encore fort incertain, sinon le changement.
On s'occupe toujours beaucoup, et à mon avis trop, des affaires de Pologne. Heureusement, jusqu'à présent, et j'espère que cela continuera, on s'en occupe diplomatiquement, et de concert avec l'Angleterre et l'Autriche. Il faut que la guerre de Crimée ait blessé la Russie plus fortement qu'on ne pensait, pour qu'elle n'en ait pas encore fini avec cette révolte qui, même en tenant compte des exagérations des journaux, paraît s'étendre et s'envenimer tous les jours.
Il y a maintenant à Paris un escadron de spahis qui accompagne quelquefois le prince impérial. Au milieu de ces gens noirs avec leur costume étrange, faisant la fantasia autour de lui, il a l'air d'un de ces princes des Mille et une Nuits enlevés par des magiciens. Il a été très enrhumé dernièrement, mais va très bien à présent. On dit qu'il commence à travailler. Son précepteur est un homme intelligent, dit-on, et pas clérical. On ne lui donnera pas de gouverneur comme il semble. Je mourais de peur que ce ne fût un évêque. Il avait été question du maréchal Vaillant, qui avait ses inconvénients aussi, quoique pas de ce côté-là.
Adieu, mon cher Panizzi; rappelez-moi au souvenir du British Museum.
CXXVIII
Paris, 1er juin 1863.
Mon cher Panizzi,
Nous sommes ici dans le fort de la fièvre électorale. Je ne sais pas encore ce qui sortira de l'urne, mais très probablement l'opposition anti-dynastique sera renforcée très notablement. On croit que Thiers sera nommé à Paris, grâce aux lettres furieuses de Persigny.
Si le gouvernement fait des folies, l'opposition en fait de son côté. Les rouges et les blancs s'allient sans la moindre vergogne. Le duc de Broglie reçoit chez lui Carnot, le ministre de l'instruction publique de 1848, qui signait les factums de madame Sand. Cela effraye un peu les épiciers, qui se souviennent du peu de poivre qu'on achetait alors; mais le bourgeois de Paris a toujours du goût pour l'opposition. J'espère que notre ami le docteur Maure sera élu, malgré son préfet, dans les Alpes-Maritimes. Le fils de M. Fould le sera sans la moindre difficulté à Tarbes, et Édouard Fould dans son département, où ses bons dîners lui ont gagné le coeur de tous les curés.
On est toujours fort inquiet des affaires de Pologne, plus encore que de celles du Mexique, qui cependant n'avancent guère. Mais à quelque chose malheur est bon. Le Mexique arrêtera sans doute les velléités polonaises. Il est impossible de dire plus de mensonges que tous les journaux n'en débitent sur ce sujet.
Les interpellations de M. Grégory et les réponses de M. Layard au sujet de l'Orient m'ont amusé. Lord Palmerston n'en démordra pas, et, après l'Angleterre, il n'y a pas à ses yeux de pays mieux administré que la Turquie.
Adieu, mon cher Panizzi. Je ne sais rien de nouveau sur l'incognita, et je ne me mets pas en frais, d'espionnage. Elle me promet une visite pour aujourd'hui.
CXXIX
Paris, 16 juin 1863.
Mon cher Panizzi,
Vous aurez vu le résultat de nos dernières élections, où l'opposition a réussi assez notablement. C'est un enseignement dont je ne sais pas trop si l'on profitera. Ici, le cri général est qu'il faut changer de ministère, ou du moins modifier considérablement le ministère actuel. Bien que l'opposition, en dernière analyse, ne consiste que dans vingt-cinq voix, elle a une puissance énorme dans un pays où tout le monde aime à critiquer. Il faudra de toute façon compter avec elle, autrement on lui donnerait trop d'avantages. Si on jugeait les changements probables par ce qu'on désire et par ce qui serait agréable au plus grand nombre, les dépensiers et les courtisans seraient exclus du cabinet et remplacés par des hommes d'affaires. Mais le maître n'aime pas les visages nouveaux et n'admet pas trop, je le crains, qu'il y ait des hommes nécessaires. Cependant M. Billaut a, depuis quelque temps, de fréquentes conversations avec lui et paraît le conseiller dans ce sens.
Notre ami du faubourg Saint-Honoré me semble plus content et plus calme. Je sais, d'autre part, que M. Walewski, qui d'abord avait pris des airs triomphants, est maintenant un peu écorné et inquiet. Cependant rien n'est encore fait, et la situation peut durer encore longtemps; on ne paraît pas disposé à réunir la Chambre tout de suite pour la vérification des pouvoirs. C'est en novembre, à ce qu'il paraît, que la convocation aura lieu, ce qui me semble assez mauvais; car d'un côté, il pourrait arriver tel événement qui exigeât une réunion immédiate, et cependant il faudrait encore perdre quinze jours à la vérification des pouvoirs. D'un autre côté, après la façon dont les élections ont été menées par les préfets, il faut s'attendre à plus d'un scandale, et il vaudrait mieux, à mon avis, confondre tout cela avec l'excitation électorale, que de laisser reposer les gens pour les réveiller et les exciter de nouveau. Machiavel, qui est toujours le prince des politiques, dit quelque part: Debbono farsi tutte le crudeltà in un tratto. A la place de crudeltà, qui n'est plus de ce temps-ci, mettez un mot plus convenable, le principe reste toujours le même.
M. Thiers annonce l'intention d'être très modéré. Je le crois, au fond, un peu embarrassé de son entourage. Il ne peut pas se dissimuler qu'il est seul à la Chambre et que la queue plus ou moins rouge qui se ralliera à lui dans certaines occasions ne lui veut aucun bien. Il est partagé entre l'irritation très-juste que lui donnent les circulaires de Persigny, et l'inquiétude que lui inspire le parti rouge. Je crois que, avec un autre ministère, il serait possible de l'amener, non pas à devenir le défenseur du gouvernement, mais à être un critique bienveillant et utile dans l'occasion.
Voici une petite histoire assez-drôle: Prévost-Paradol, des Débats, avait acheté un cheval arabe d'un officier de spahis. La première fois qu'ils le monte, il va au bois de Boulogne. Le prince impérial vient à passer avec son escorte de spahis. Aussitôt, le cheval se met avec eux, et, bon gré; mal gré, emmène M. Paradol jusque dans la cour des Tuileries.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien et écrivez-moi.
CXXX
Fontainebleau, 25 juin au soir 1863.
Mon cher Panizzi,
Vous aurez vu que nous avons fait un ministère. Je crois que tout est pour le mieux. Les nouveaux venus peut-être n'ont pas assez de notoriété; mais le cabinet gagne cent pour cent en se défaisant de quelques-uns de ses membres. On peut dire que le dernier changement donne raison aux gens d'esprit. Les fous et les bêtes de moins, c'est une bonne chose.
Nous passons ici le temps très gaiement et en très bonne compagnie, presque aussi agréablement qu'à Biarritz, breeches excepted. Il n'y a pas de montagnes de la Rune, et nous faisons des promenades charmantes dans des bois magnifiques. IL y a devant le palais un grand étang que nous appelons honorablement le Lac. Il y a toute sorte de petites embarcations, un caïque de Constantinople avec un caïkdji et une gondole vénitienne quite in style avec son gondolier. Cette gondole a pris la parole, l'autre soir, et a dit, par l'entremise de Nigra, d'assez jolis vers à Sa Majesté. En voici la fin:
Donna se acaro sull' placido Tuo lago, a quando a quando Teco verrà solando Il muto Imperator, Digli che in riva all' Adria Povera, ignuda, esangue, Geme Venezia e langue Ma vive--e aspetta ancor!
Je crains qu'on n'ait répondu: Aspetti. Cependant Nigra est très festoyé ici. Il y a un autre Italien, compatriote à vous, je crois, un comte Sormani, qui est bon garçon et homme d'esprit. Il est de Modène, je crois, et aussi dévoué à ses ducs légitimes que vous pouvez l'être. Avec M. Billaut, qui est homme du monde et très aimable, c'est le seul personnage officiel du séjour et cela ne le gâte pas.
Nous avons vu des figures assez drôles pendant la crise ministérielle. C'est amusant d'être aux premières loges et d'assister à la comédie quand on n'est pas acteur, et qu'on n'a pas la prétention d'y jouer un rôle. Je n'ai pas revu M. Fould depuis mon départ de Paris; mais on me dit qu'il est très content.
J'ai vu M. Thiers, que j'ai trouvé fort sage et moins irrité que je ne l'aurais cru. A vrai dire, il aurait tort de l'être, car c'est aux colères de M. de Persigny qu'il doit sa nomination. Il m'a parlé en très bons termes de l'empereur et paraît détermine à se séparer de l'opposition. Je crois qu'il cherche une position intermédiaire. Il voudrait qu'on fît un pas en avant; mais il croit que ce pas consoliderait la dynastie. Hic jacet lepus. Mais, enfin, je crois que ce n'est pas une mauvaise chose qu'un homme comme lui, acceptant franchement le gouvernement de l'empereur et voulant améliorer au lieu de renverser, chose rare dans les oppositions françaises. Je ne doute pas qu'un de ces jours nous ne le voyions ici.
Les affaires de Pologne continuent à donner beaucoup d'inquiétude. Je ne trouve pas que le jeu qu'on joue en Angleterre soit très loyal. Il rappelle trop l'histoire des marrons tirés du feu par la patte du chat. Tout le bruit qu'on fait au Parlement des violences des Russes, on aurait pu le faire avec autant de raison à Saint-Pétersbourg, lors de la révolte des cipayes dans l'Inde. Personne ne trouvait à redire lorsque le capitaine Hodgton tuait de sa main les deux fils du Grand Mogol, coupables d'avoir eu des sujets qui avaient violé des Anglaises (car ces Indiens ont de mauvaises manières) et l'on jette feu et flammes lorsque les Russes pendent des officiers qui ont quitté leur régiment pour prendre parti parmi les insurgés. Nous faisons très justement fusiller à Puebla des Français que nous avons attrapés.
Adieu, mon cher Panizzi. L'incognita m'écrit des lettres italiennes toujours brûlantes.
CXXXI
Paris, dimanche 12 juillet 1863.
Mon cher Panizzi,
Je devais dîner avec Sa Majesté hier, et je comptais lui remettre votre lettre; mais, au moment de monter en voiture pour Saint-Cloud, est arrivé un de ses écuyers m'annoncer que le dîner était remis, attendu que le duc de X... venait d'avoir une attaque, on ne sait pas bien de quoi, et qu'il était encore sans connaissance. Il y a deux divinités païennes qui peuvent être accusées du fait, pour lesquelles il avait trop de penchants! On nous a remis à demain, pour le cas où l'accident ne finirait pas mal. Je vais envoyer savoir de ses nouvelles dans l'après-midi. S'il allait plus mal, ou s'il mourait salute a noi, j'enverrais votre lettre qui me paraît excellente.
Je ne vois pas encore bien clair dans l'avenir. Cependant je crois bien que vous me verrez apparaître vers le 20 de ce mois. Vous savez que je ne tiens pas beaucoup au monde et que je viens à Londres pour vous voir. Quant aux dîners, les vôtres me plaisent beaucoup mieux que ceux des aristocrates du West-End. L'exemple du duc de X... est là pour prouver que les jeunes gens de notre âge doivent se contenter d'un bifteck.
On vient de recevoir la nouvelle de la prise de Mexico. Ce serait excellent si cela finissait tout; mais c'est un autre ordre de difficultés qui commence. César et M. Fould sont jusqu'à présent les seules personnes, à ma connaissance, qui pensent que l'affaire pourra devenir profitable à ce pays-ci.
On attend avec grande impatience et un peu d'inquiétude des nouvelles de Russie. La plupart croient que la réponse de Gortchakof sera très polie, et même qu'il acceptera la proposition de l'Autriche, sinon les nôtres, qui paraissent les mêmes que celles de l'Angleterre. Mais les Polonais n'en voudront pas, pas plus que de l'armistice timidement présenté par lord Russell. Alors quelle sera la conséquence? de laisser carte blanche à la Russie. Si on n'eût pas encouragé les Polonais, il est probable que l'insurrection serait déjà terminée. On se demande encore comment on traiterait avec le gouvernement national, qui ressemble fort au gouvernement des francs juges ou des inquisiteurs de l'État de Venise. Je pense que lord Russell ne sera pas embarrassé pour les découvrir, car il a le grand pontife Hertzen sous la main.
Je viens de voir une lettre de Thiers. Il a été reçu merveilleusement par l'aristocratie de Vienne. L'empereur l'a consulté sur la politique, et il a modestement répondu qu'il ne pouvait qu'admirer M. de Schmerling. Il paraît, d'ailleurs, très frappé du mouvement libéral de l'Autriche et de la résignation des grands seigneurs à l'accepter. Il paraît bien résolu à ne pas faire ici d'opposition tracassière; et même à se séparer très franchement des rouges ses collègues de Paris. Mais, entre dicho y hecho, hay gran trecho.
Adieu, mon cher Panizzi; à bientôt, j'espère. Mille amitiés et compliments.
CXXXII
Paris, 16 juillet 1863.
Mon cher Panizzi,
Voilà le pauvre duc de X... qui paye cher ses amusements trop tardifs. Il paraît qu'après avoir bien dîné et avoir bu beaucoup d'eau-de-vie, il est allé dans un bal champêtre, d'où il est revenu pour souper, en compagnie de deux gueuses, et c'est en sortant de la Maison dorée, après un souper très prolongé, qu'il est tombé sur le trottoir à demi paralysé. Je ne crois pas qu'il ait retrouvé sa connaissance.
J'ai dîné avant-hier chez madame Fould, qui m'a donné des nouvelles de Vichy. Son mari était, en apparence, en grande faveur auprès de Sa Majesté. On est content, en général, du nouveau ministère. Le ministre de l'instruction publique a commencé par quelques mesures très anti-jésuitiques qui ont fait un très bon effet.
Je ne suis pas content de la note de lord Russell ni de son discours sur la Pologne. La note est bien médiocre de forme, surtout si on la compare à celle de Drouyn de Lhuys et à celle de M. de Rechberg. Il y a une grande naïveté au sujet de l'armistice, naïveté dont, au reste, nous avons à supporter notre part. On demande un armistice; mais comment un armistice peut-il exister sans frontières définies? Et le moyen de déterminer une frontière dans un pays où les insurgés n'ont pas une ville, peut-être pas un village; où il n'y a pas une lieue de terrain occupé par eux, mais où il y a, dans chaque forêt, une troupe de cent à deux cents hommes? Quelle réponse on prépare au prince Gortchakof! Ajoutez à cela l'assurance donnée au Parlement qu'on ne fera pas la guerre à la Russie, quand même elle répondrait par la négative aux six propositions. Il me semble que rien de plus imprudent, ni de plus timide à la fois, n'avait encore été signé par un ministre des affaires étrangères. Comme tout cela montre bien l'énormité de la puissance de la presse, qui fait faire tant de bêtises aux gens les plus sensés!
Adieu, mon cher Panizzi; je vous écrirai bientôt, et ce sera j'espère pour vous dire le jour de mon arrivée.
CXXXIII
Paris, 21 août 1863.
Mon cher Panizzi,
Je suis arrivé hier soir à bon port dans mon domicile, non sans avoir offert un petit sacrifice à Neptune, moins à cause de sa fureur que par la présence de cent cinquante vieilles femmes qui remplissaient des cuvettes à l'envi.
Je n'ai pu aller aujourd'hui à Saint-Cloud. J'irai demain, je pense, et je vous écrirai au commencement de la semaine prochaine.
Il paraît décidé que nous aurons une session en novembre, non pas seulement pour la vérification des pouvoirs, mais pour faire des lois. Le peu de gens que j'ai vus ne croient pas à la guerre, et on m'assure que l'enthousiasme polonais se refroidit tous les jours.
L'archiduc Maximilien a écrit à l'empereur une lettre de huit pages pour lui faire ses remerciements. Il accepte et on dit que ce n'est ni la reconnaissance ni l'éloquence qui manquent à cette épître. On assure que nos affaires au Mexique vont bien. On a chargé un colonel Dupin de poursuivre les guérillas mexicaines-juaristes avec des spahis d'Afrique et des contre-guerillas mexicaines. Il a débuté comme il faut commencer avec cette canaille, par pendre et fusiller tout ce qu'il attrapait. Les gens du pays out trouvé cela très bon et nous servent d'espions avec empressement. On croit que quelques mois de chasse suffiront pour rendre le pays parfaitement sûr. Utinam.
Ici, à la Chambre, on s'attend que l'opposition fera le diable à quatre et donnera beaucoup d'embarras. Je compte voir Thiers ces jours-ci.
L'empereur et le prince impérial sont au camp de Châlons à faire de grandes manoeuvres.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien. Je suis triste de vous avoir quitté, et me console en pensant que c'est pour peu de jours.
CXXXIV
Paris, 23 août 1863.
Mon cher Panizzi,
Je suis allé hier à Saint-Cloud, où j'ai trouvé tout le monde en très bonne santé; je ne parle pas des militaires grands et petits qui sont au camp. On vous remercie beaucoup des photographies, qui ont paru faire grand plaisir.
On allait vous écrire; mais, comme c'est une opération qui coûte beaucoup à cette petite main, on me charge de la lui épargner. On m'ordonne donc de vous demander quand vous venez. On part le 31 de ce mois. Voulez-vous partir avec elle? Monsieur ne revient à Paris que le 27. Il en partira le 4 septembre. De toute façon, on compte sur votre présence, vous laissant absolument maître de décider le jour. Seulement ne tardez pas à répondre. Je suis à votre disposition tout à fait. Je fais une seule, non objection, mais observation. Si nous partons le 31, il n'est pas clair que nous puissions nous en aller avant la fin du mois. Décidez.
Point de guerre cette année. Cela est évident. On est bien catholique. Le fils cependant me donne des espérances. Son précepteur lui a conté un vieux roman dont le dénouement a eu lieu sous Tibère, et lui a demandé si les juifs n'étaient pas d'abominables gredins d'avoir fait ce tour à Notre-Seigneur. Le petit a dit: «Mais pourquoi s'est-il laissé faire puisqu'il était tout-puissant?». Je ne sais pas ce que le précepteur a dit. Tâchez de trouver une bonne réponse.
Adieu, à bientôt. Répondez-moi et décidez pour vous sans arrière-pensée, ni considérations de cérémonie. Vous avez des affaires et vous pouvez et devez les faire passer avant tout.
CXXXV
Biarritz, 27 septembre 1863.
Mon cher Panizzi,
Un mot très à la hâte, car je vais à la messe. L'impératrice est très souffrante d'un mal de gorge commencé vous savez où et continué dans une promenade en bateau sur la Nive. L'empereur est aussi un peu enrhumé et le prince impérial a été très souffrant hier de vomissements. Ce matin, il est à peu près complètement remis.
Nous avons eu un très agréable voyage de Tarbes à Pau et à Biarritz. Vos commissions ont été fidèlement remplies et aussitôt que possible.
CXXXVI
Biarritz, 1er octobre 1863.
Mon cher Panizzi,
Les rhumes dont je vous ai effrayé vont à peu près bien, ma questo è nulla.
Le diable qui préside à nos affaires a envoyé dans nos parages le yacht impérial l'Aigle, et nous a suggéré l'envie de faire un voyage de circumnavigation autour de la péninsule ibérique. On doit embarquer quantité de cocodès, aller d'abord à Lisbonne voir si la reine de Portugal est bien accouchée, puis visiter Cadix, Séville, Malaga et Grenade, et s'en revenir par Marseille.
En Portugal, il n'y a guère d'autre inconvénient que l'inopportunité de la visite; mais, en Andalousie, les choses deviennent plus graves: quantité de cousins; le duc de Montpensier à San-Lucar ou à Séville; les élections espagnoles; une jeune personne à marier plus ou moins recommandée aux prétendants par l'entourage de cocodès et d'officiers de marine.
Cortina, l'ancien ministre des finances à Madrid, que j'ai rencontré à Bayonne, me disait que l'arrivée de Sa Majesté en Andalousie pouvait être l'occasion de très graves désordres. Elle sera reçue, suivant lui, ou bien ou mal, mais de toute façon d'une manière scandaleuse et dangereuse. Il craint que les progressistes, qui sont gens à faire flèche de tout bois, ne profitent de cela pour faire quelque ovation aussi embarrassante pour celle qui en sera l'objet que pour le gouvernement espagnol.
Enfin, et c'est le plus grave, la presse est libre en Espagne, et l'arrivée et le cortège peuvent fournir aux journalistes le sujet de bien des malices et insolences, d'autant plus que Sa Majesté catholique et le duc de Montpensier ne manqueront pas de les exciter sous main.
Je me suis trouvé d'accord avec tout le monde ici pour déplorer ce projet malencontreux, mais à peu près seul pour parler. Cependant j'ai déterminé Mocquart à parler à l'empereur. Comme il m'a cité et que l'empereur m'a cité, j'ai eu sur-le-champ une bataille à soutenir contre l'impératrice.
Vous ne serez pas surpris quand je vous dirai que, bien qu'elle fût un peu irritée, elle n'a pas cessé un instant d'être bienveillante et bonne pour moi à son ordinaire. Mon attachement pour elle, et le danger très réel de la chose, m'ont donné hardiesse et franchise, et je lui ai débité très nettement ma râtelée, quelquefois avec plus de vivacité que le respect ne l'exigeait. Elle a discuté loyalement, mais en avocat qui soutient une mauvaise cause. Son grand argument était qu'elle était bien libre de faire tout ce qu'un particulier peut faire. J'ai répondu qu'elle n'était pas un particulier, qu'elle avait des charges et qu'elle devait les supporter. Après une demi-heure de dispute très animée, ayant dit tout ce que j'avais sur le coeur, j'ai conclu en lui disant qu'une grande souveraine comme elle ne pouvait rien faire qui compromît et son mari et son pays; et qu'elle devait se persuader qu'elle n'était pas libre; qu'un roi l'était moins que personne, et que c'était pour cette raison que j'avais refusé toutes les couronnes qu'on m'avait offertes. Elle s'est mise à rire, m'a dit que j'étais une bête; mais il m'a paru cependant que mon discours l'avait ébranlée et lui laissait quelques inquiétudes.
Comme elle ne sait pas céder, le voyage est résolu. On devait partir ce matin, mais la mer est furieuse. Impossible de gagner Passages, où attend l'Aigle. Je désire et j'espère un peu que le voyage se borne à quelques jours passés à Lisbonne. La mer, l'équinoxe, etc., peuvent modifier beaucoup les résolutions.
Adieu, mon cher Panizzi, portez-vous bien et donnez-moi de vos nouvelles. Ne parlez à personne du voyage, qui malheureusement ne sera bientôt plus un secret.
CXXXVII
Paris, 8 octobre 1863.
Mon cher Panizzi,
Je trouve ici qu'on ne s'occupe pas trop du voyage de l'impératrice, ce qui me fait grand plaisir. Elle est arrivée à Lisbonne en bonne santé et assez vite. Aujourd'hui, elle doit être à Cadix. C'est malheureusement là que les embarras commencent. Il paraît qu'elle n'a fait que paraître et disparaître en Portugal. On avait prévenu le roi, mais il n'y a pas eu d'entrée ni de fiocchi. D'un autre côté, elle envoie de Lisbonne à Madrid de Caux avec une lettre pour la reine, en sorte que la mauvaise humeur de Sa Majesté catholique soit conjurée autant que possible.
Je viens de déjeuner avec M. Fould, que j'ai trouvé assez gaillard et moins furieux qu'on ne le pouvait craindre de la part d'un homme qu'on arrache aux ortolans de Tarbes pour le relancer dans la politique et les finances. Il est très content de son maître et croit au maintien de la paix, du moins tant que ses alliés ne voudront pas la guerre.
J'ai trouvé ici un Portugais, homme assez riche, qui s'ennuie et qui a le goût des coups de fusil. Il est allé en tirer au Maroc avec O'Donnell, puis en Pologne, d'où il revient après avoir été deux fois pris par les Russes, dont il se loue assez, car on s'est borné à le renvoyer par la frontière la plus proche. Il dit qu'il n'y a pas un mot de vrai dans les bulletins polonais, et qu'il a passé son temps à être battu et à s'enfuir. Il n'a pas grande idée ni du patriotisme ni des ressources du pays.
La phrase de lord Palmerston que vous m'envoyez est jolie; mais c'est le mot d'un vieillard qui n'espère plus rien, et qui ne demande plus qu'à mourir tranquille. Ce n'est pas, ce me semble, le langage du premier ministre d'un grand pays.
Adieu, mon cher Panizzi; je vous souhaite santé et prospérité. Il fait un temps digne de Londres, quoique pas trop froid.
CXXXVIII
Cannes, 20 octobre 1863.
Mon cher Panizzi,
J'ai pensé faire une fâcheuse expérience des économies réalisées par les compagnies de chemins de fer, qui, pour ne pas retarder un train, le font passer sur des traverses non calées ni consolidées. Nous avons eu un accident entre Avignon et Marseille qui aurait pu être assez grave. Tout s'est borné pourtant à un wagon renversé, celui de l'administration des postes, dont les employés out été tous un peu contusionnés. La diligence où j'étais s'est arrêtée au bord d'un talus d'une vingtaine de pieds. J'étais dans un coupé avec un curé, et il y avait derrière trois capucins. Cela explique l'accident. Il ne faut pas s'embarquer en si mauvaise compagnie.
J'ai reçu des nouvelles de nos amis embarqués sur l'Aigle. Un mot de madame de Lourmel et une dépêche télégraphique de la comtesse de Pierrefonds (sic), datée de Cadix 18, et ainsi conçue: «Je pars de Cadix en très bonne santé. Tout s'est bien passé.» Expliquez comme vous pourrez le journal qui dit qu'elle est arrivée à Valence le 17 et partie pour Madrid.
La mort de Billaut est un coup funeste pour la réussite de la session qui va s'ouvrir. C'était assurément le plus habile et le plus propre à lutter avec avantage contre les orateurs de l'opposition, même les plus brillants. Ce n'était pas un homme d'État, mais c'était un instrument merveilleux entre les mains d'un homme d'État. Je ne vois que Rouher qui puisse lui succéder, non le remplacer.
J'ai, d'ailleurs, d'assez bonnes nouvelles de Thiers. Il est toujours sage et promet de continuer à l'être. Tiendra-t-il parole, cela est écrit dans les tablettes de Jupiter. Cousin, qui était un excellent conseiller, va venir ici et ne pourra plus le contrôler ni combattre l'influence fâcheuse d'un certain nombre de belles dames orléanistes dont notre ami estime les sourires à un très haut prix.
Adieu, mon cher ami; j'espère que vous êtes en bonne santé et que vous ne regrettez pas trop le ciel des Pyrénées. J'étouffe de chaleur. Pas un nuage au ciel. La mer est comme une glace.
CXXXIX
Cannes, 27 octobre 1863.
Mon cher Panizzi,
Les motifs qu'on donne chez vous au voyage sont parfaitement ridicules. Il y a des gens qui ne croient pas qu'on boive jamais un verre de vin de Bordeaux sans quelque but politique. Du reste, la réception a été très belle et tout s'est passé pour le mieux. Dans quelque temps, j'aurai des détails dont je vous ferai part s'ils en valent la peine.
Hier, nous avons eu la visite de Cousin arrivant de Paris et voyant les choses très en noir. Il croit, et je crains qu'il n'ait raison, que toutes les belles promesses de Thiers ne tiendront pas. C'est un autre orgueil, et des plus grands. Il ne s'agit plus d'être chef du cabinet: il faut être président ou Dieu sait quoi. En attendant, il débute par ce qui me semble une impertinence et une faute. Il n'ira pas à la séance d'ouverture. Les nouveaux élus sénateurs et députés doivent y prêter serment. Croit-il que le serment prêté à la Chambre et devant le président oblige moins que s'il était prêté devant Sa Majesté. Il dit que ce qu'il en fait, c'est pour se mettre bien avec l'opposition, afin de donner plus d'autorité à sa parole lorsqu'il lui prêchera la modération.
Adieu, mon cher Panizzi. Nous avons toujours un temps magnifique. Hier, on nous a donné un gros bouquet de lilas; c'est la seconde cueillette de cette année. Nous mangeons des pois et, si la chaleur durait, nous aurions probablement bientôt des fruits de l'année prochaine.
CXL
Paris, 9 novembre 1863.
Mon cher Panizzi,
L'histoire de lord Palmerston m'a mis en belle humeur pendant trois jours. Il paraît, par une lettre d'avocat, que la partie lésée ne veut pas entendre à un arrangement; et qu'il y aura procès. Que ce pauvre Ellice aurait ri avec nous s'il était encore de ce côté de l'Achéron. Lady Palmerston, qui est une femme d'esprit, doit au fond se soucier très peu de l'infidélité; mais le scandale, à cet âge, est plus grave, et la reine doit faire une grise mine à son premier ministre. En France, un homme d'État ne résisterait pas probablement à ce flot de ridicule. Je ne sais pas comment la chose sera prise en Angleterre. Du reste, si l'on fait une souscription pour élever une statue à lord Palmerston, inscrivez mon nom après le vôtre. Je crains qu'on ne nous en élève pas de semblables.
Il paraît que le discours de l'empereur a plu généralement. Il est fort habile, et, quoique la réunion d'un congrès européen soit une chose pratiquement bien difficile à réaliser, il met tous les souverains dans un grand embarras, et les souverains qui refuseront seront mal notés par leurs peuples. C'était la seule partie vulnérable qu'il a touchée dans les notes du prince Gortchakof. Le discours de M. de Morny a également fait un bon effet par son ton conciliant et comme il faut. En somme, la session, qui semblait devoir, s'ouvrir sous de très mauvais auspices, pourra bien être meilleure qu'on ne l'avait prévu. Je vais voir M. Fould et entendre probablement son rapport, qui, dit-on, est rassurant.
Adieu, mon cher Panizzi; tenez-vous en joie et santé s'il est possible. Rappelez-moi au souvenir de nos amis.
CXLI
Compiègne, 18 novembre 1863.
Mon cher Panizzi,
J'ai présenté vos hommages à Leurs Majestés, et en particulier à l'impératrice pour le jour de sa fête, le 15, dont vous ne vous étiez pas seulement douté, païen que vous êtes!
Tout s'est très bien passé, c'est-à-dire exceptis excipiendis. Au feu d'artifice, une femme qui voulait le voir de trop près et qui avait franchi le cordon sanitaire a été tuée tout raide par une fusée qui l'a frappée à l'oeil. Nous avons joué une charade un peu leste, mais qui a été bien prise et qui a fait rire.
Puis, au dîner, le 15, votre ami le prince Napoléon, toujours gracieux, n'a pas voulu porter la santé de l'impératrice. Il était assis à sa droite, pro consuetudine, et l'empereur lui a dit de porter un toast et de faire un speech. Il a fait la grimace. De son côté, l'impératrice lui a dit: «Je ne tiens pas beaucoup au speech. Vous êtes très éloquent, mais vos discours me font un peu peur quelquefois.» A une seconde sommation de l'empereur, il a répondu: «Je ne sais pas parler en public.» On s'était levé, tout le monde attendait sans trop comprendre ce qui se passait au milieu de la table. Enfin Sa Majesté a dit: «Vous ne voulez pas porter la santé de l'impératrice?--Si Votre Majesté veut bien m'excuser, je m'en dispenserai.» Le prince Joachim alors a porté le toast, et on a quitté la table un peu ému.
Cette frasque a semblé assez forte pour le faire prier d'aller voir au Palais-Royal si Leurs Majestés y étaient; cependant l'hôte et l'hôtesse ont gardé leur sang-froid ordinaire, et l'impératrice a même pris son-bras pour passer au salon. Le prince est resté là fort isolé, tout le monde l'évitant; lui, faisant une mine boudeuse et méchante qui le faisait ressembler fort à Vitellius.
Le matin, il y a eu beaucoup d'allées et de venues dont le résultat paraît avoir été un replâtrage. Jamais je n'ai vu homme plus mal gracieux. Quant à moi, je n'aurais pas souffert pareille incartade; mais vous connaissez la longanimité de l'empereur; il le regarde comme un enfant et lui passe ses mauvaises humeurs. Je trouve fort triste, au fond, que, dans un temps comme celui-ci, les Bonaparte ne se serrent pas tous autour du chef de leur maison. Le prince, qui a parfois, je suppose, des velléités de jouer un rôle politique, se fait détester par ses mauvaises manières. Il flatte les rouges et s'imagine peut-être que, dans une révolution, il serait épargné. L'histoire du duc d'Orléans est là pour lui apprendre quel serait son sort si la République s'établissait jamais dans ce pays.
Je reste ici, encore une huitaine de jours. Aujourd'hui arrivent les Allemands, M. de Metternich et le ministre de Prusse, le comte de Goltz, tous gens peu amusants. Peut-être que la mort du roi de Danemark nous privera des belles toilettes et des valses de ces dames.
Je pense être de retour à Paris pour le milieu de la semaine prochaine. J'y resterai jusqu'après la discussion de l'adresse; puis j'irai attendre à Cannes la fin de l'hiver. Viendrez-vous nous y voir?
Adieu, mon cher Panizzi; tenez-vous en joie et recommandez-moi à nos amis.
CXLII
Compiègne, 22 novembre 1863.
Mon cher Panizzi,
Nous vivons ici en grandes occupations. Votre serviteur est directeur de théâtre, auteur et acteur. Il fait de plus des révolutions dans les beaux-arts et de la polémique avec l'institut. Dans ses moments de loisir, on lui donne des recherches à faire sur l'histoire romaine. Il est, d'ailleurs, libre de faire ce qui lui plaît depuis une heure du matin jusqu'à huit heures. Heureusement que, mercredi, je redeviens homme libre.
La réponse de l'Autriche est arrivée, très amicale; acceptant en principe, mais demandant des renseignements. M. de Goltz, qui est ici, a apporté, je crois, une lettre semblable du roi de Prusse. En somme, je pense qu'il y aura bien des protocoles, mais qu'il y aura un congrès. Je doute qu'il fasse grand'chose, mais il aura empêché la guerre, ce qui est un grand point.
Adieu; portez-vous bien et donnez de vos nouvelles.
CXLIII
Paris, 7 décembre 1863.
Mon cher Panizzi,
Il semble que César n'a pas trop mal vu la lettre de lord Russell. C'est pour l'Angleterre un parti pris de devenir une puissance de second ordre; du moins elle fait le plongeon toutes les fois qu'on l'invite à faire acte de puissance du premier ordre. C'est son affaire, et, à un certain point de vue, je trouve qu'elle a raison et que nous avons tort. Mais, d'un autre côté, trouvez-vous bien l'excessive hâte de son refus, et les termes employés par lord Russell? On n'est pas habitué de sa part à la politesse, mais on aurait voulu qu'il prît la peine de lire la lettre de l'empereur. Tandis que toutes les puissances de l'Europe se bornent à demander qu'on spécifie les questions à traiter, il répond qu'il est impossible de s'entendre, et que ce n'est pas la peine de commencer. Observez que, naguère encore, il se plaignait de la grandeur des armements de la France, qui obligeait toute l'Europe à l'imiter. Or l'empereur, dans sa lettre, dit que la question du désarmement général doit occuper le congrès. Supposé que toutes les puissances refusassent de traiter les affaires qui agitent en ce moment l'Europe, qu'elles voulussent qu'on en restât sur l'uti possidetis, et qu'on se bornât à reproduire les articles non abrogés des traités de 1815, en leur donnant une sanction nouvelle, la question du désarmement pourrait cependant être traitée sans difficulté. Si chaque puissance prenait vis-à-vis des autres l'engagement de réduire son état militaire à ses besoins personnels, ne serait-ce pas un grand avantage pour toute l'Europe? C'est à quoi lord Russell ne répond même pas.
L'impression de sa lettre a été très mauvaise ici, de quoi sans doute il se soucie très peu. Ce qui paraît certain, c'est que, supposé, ce qui est probable, que l'insurrection polonaise soit anéantie au printemps prochain et que l'empereur Alexandre fasse preuve de quelque humanité ou de quelque politique à l'égard de ses sujets polonais, il y aura un rapprochement entre la France et la Russie, dont l'Angleterre pourra craindre un jour les effets, si nous ne sommes pas en pleine anarchie lorsque la question d'Orient éclatera.
La discussion des pouvoirs de la Chambre a montré à nu le suffrage universel. Le gouvernement n'a pas été justifié, et l'opposition a été convaincue d'avoir fait usage des mêmes moyens de corruption et d'intimidation. Maintenant que les candidats ont à faire la cour à la canaille, ils sont obligés d'employer des agents ignobles, qui font toutes les turpitudes imaginables. Il est fâcheux qu'on ait mis cela au grand jour. En Angleterre où la matière électorale est beaucoup plus élevée, on a grand soin de passer l'éponge sur toutes les saloperies de cette nature.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien. Que devient le procès de lord Palmerston? On dit que, ayant demandé conseil là-dessus à Thiers, Thiers lui a répondu: «Faites la vérification des pouvoirs.»
CXLIV
Cannes, 30 décembre 1863.
Mon cher Panizzi,
Depuis que je suis ici, je ne sais plus rien de la politique que par Cousin, qui a des correspondants parmi les grands hommes d'État, et par quelques mois que M. Fould m'envoie de temps en temps.
La discussion de l'emprunt a été meilleure que je ne l'aurais espérée. M. Thiers a été convenable. Entre nous, il me semble qu'il n'a rien appris ni rien oublié, comme vos amis les Bourbons. Il avait besoin de parler et a parlé sur la pointe d'une aiguille. Il a traité la Chambre avec des airs de supériorité qui n'ont pas plu beaucoup, et il n'est pas arrivé à un autre résultat qu'à prouver qu'il ne dirigeait pas l'opposition, et qu'elle n'avait guère de confiance en lui. Il prendra peut-être sa revanche sur la question du Mexique, qui est un bien meilleur champ de bataille pour l'opposition. Je ne sais pas trop comment M. Rouher et M. Chaix d'Est-Ange se tireront de ce mauvais pas.
On annonce de mauvaises nouvelles d'Italie et de Hongrie. Le parti rouge, qui est de tous les pays, comme le parti clérical, et qui dans toute l'Europe agit avec un diabolique concert, se remue terriblement et promet pour le printemps prochain une explosion générale. Vous avez vu la proclamation de Kossuth. Je ne sais pas si le gouvernement d'Italie est assez fort pour empêcher les volontaires et Garibaldi de recommencer quelque autre sottise. Il est fort à craindre qu'il ne soit pas trop préparé pour s'y opposer. Ce qui est certain, c'est que les rouges et les cléricaux; ces deux ennemis du sens commun et de l'humanité, sont les uns et les autres pleins de confiance et annoncent de grands événements pour l'année qui va commencer après-demain. Je ne crois pas au succès des uns ni des autres, mais je crois à un gâchis terrible, funeste pour tout le monde et pour nous plus que pour personne.
On parlait à Paris ces jours derniers de changements ministériels, entre autres de celui de Drouyn de Lhuys. Je n'y crois pas trop, bien que persuadé qu'il serait fort à désirer que nous fussions débarrassés de ce faiseur de phrases qui n'a pas une idée à lui, et qui, même en matière de phrases, est fort au-dessous du prince Gortchakof.
Lord Brougham est ici, bien faible, chancelant sur ses jambes, mais toujours busy body, curieux de tout savoir et passablement gobe-mouche. Il est devenu fort dévot. Cela donne de l'espérance pour vous et moi quand nous aurons quatre-vingt-cinq ans.
J'ai consulté, avant de quitter Paris, le plus habile médecin pour l'asthme. Il m'a ordonné un traitement que je vais suivre et il me promet une guérison complète si je l'observe exactement. C'est de l'arsenic qu'il s'agit d'avaler. Cela fait grand bien aux moutons, aux chevaux et aux Tyroliens; mais c'est une question de savoir si mon estomac est comme celui des quadrupèdes et bipèdes à qui l'arsenic réussit. Enfin il faut essayer.
Adieu, mon cher Panizzi; finissez bien cette année, commencez bien l'autre, et suivez le précepte philosophique recte agere et lætari que le père Dubois, le médecin de Napoléon Ier, traduisait par faire son affaire et se f..... du reste.
FIN DU PREMIER VOLUME
TABLE
1850 Pages I. Paris 31 décembre 1 1855 II. Paris 4 juillet 3 1857 III. Paris 11 octobre 4 IV. Cannes 5 décembre 5 1858 V. Paris 25 janvier 7 VI. -- 12 mai 8 VII. -- 16 -- 11 VIII. Paris 7 juin 13 IX. Berne 7 juillet 15 X. Venise 11 août 16 XI. Paris 17 octobre 18 1859 XII. Cannes 7 janvier 18 XIII. Paris 12 mars 21 XIV. -- 8 avril 25 XV. -- 29 -- 29 XVI. -- 10 mai 33 XVII. -- 27 -- 37 XVIII. -- juin 39 XIX. -- 30 -- 42 XX. -- 12 juillet 48 XXI. -- 15 -- 51 XXII. -- 20 -- 54 XXIII. -- 25 -- 57 XXIV. -- 12 août 59 XXV. Cannes 16 décembre 62 XXVI. -- 26 -- 65 1860 XXVII. Cannes 10 janvier 68 XXVIII. -- 29 -- 71 XXIX. -- 17 février 73 XXX. Paris 25 mars 76 XXXI. -- 31 -- 80 XXXII. Paris 1er avril 81 XXXIII. -- 25 -- 88 XXXIV. -- 30 -- 91 XXXV. -- 3 mai 94 XXXVI. -- 11 -- 95 XXXVII. -- 23 -- 97 XXXVIII. -- 31 -- 102 XXXIV. Fontainebleau 15 juin 106 XL. Paris 1er juillet 108 XLI. Londres 7 août 110 XLII. Paris 6 octobre 112 XLIII. -- 11 -- 119 XLIV. -- 15 -- 122 XLV. -- 16 -- 124 XLVI. -- 16 -- 128 XLVII. -- 21 -- 129 XLVIII. -- 23 -- 133 XLIX. -- 31 -- 135 L. -- 3 novembre 139 LI. -- 4 -- 143 LII. -- 11 -- 145 LIII. Cannes 21 -- 149 LIV. -- 27 -- 152 LV. -- 2 décembre 155 LVI. -- 11 -- 158 LVII. -- 16 -- 163 1861 LVIII. Cannes 9 janvier 164 LIX. -- 24 -- 166 LX. -- 13 février 170 LXI. Paris 27 -- 173 LXII. -- 28 -- 178 LXIII. -- 1er mars 181 LXIV. -- 6 -- 183 LXV. -- 8 -- 186 LXVI. -- 19 -- 189 LXVII. Melle 30 mars 192 LXVIII. Paris 8 avril 196 LXIX. -- 14 -- 197 LXX. -- 18 -- 199 LXXI. Ville-d'Avray 21 -- 203 LXXII. Paris 2 mai 204 LXXIII. -- 11 -- 207 LXXIV. -- 19 -- 209 LXXV. -- 9 juin 211 LXXVI. -- 11 -- 212 LXXVII. Fontainebleau 24 -- 214 LXXVIII. Paris 2 juillet 216 LXXIXI. -- 19 août 217 LXXX. Paris 30 -- 219 LXXXI. -- 3 septembre 221 LXXXII. -- 8 -- 223 LXXXIII. Biarritz 15 -- 225 LXXXIV. Biarritz 28 septembre 227 LXXXV. Paris 14 octobre 228 LXXXVI. -- 23 -- 230 LXXXVII. -- 17 novembre 233 LXXXVIII. -- 4 -- 235 LXXXIX. Compiègne 16 -- 235 XC. Paris 8 décembre 237 XCI. Cannes 31 -- 239 1862 XCII. Cannes 3 février 240 XCIII. -- 10 mars 242 XCIV. -- 22 -- 245 XCV. Paris 31 -- 248 XCVI. -- 9 avril 251 XCVII. -- 18 -- 254 XCVIII. -- 23 -- 256 XCIX. -- 26 -- 258 C. -- 2 juillet 259 CI. -- 11 -- 261 CII. -- 18 -- 262 CIII. -- 20 -- 265 CIV. -- 29 -- 266 CV. -- 31 -- 267 CVI. Biarritz 29 septembre 268 CVII. Paris 9 octobre 272 CVIII. -- 11 -- 274 CIX. Paris 15 octobre 278 CX. -- 15 -- 282 CXI. Marseille 19 -- 284 CXII. Paris 28 -- 287 CXIII. -- 31 -- 290 CXIV. -- 18 novembre 292 CXV. Cannes 30 -- 294 CXVI. -- 6 décembre 297 CXVII. -- 13 -- 298 1863 CXVIII. Cannes 3 janvier 301 CXIX. -- 16 -- 303 CXXI. -- 3 février 304 CXXII. -- 5 -- 307 CXXIII. -- 11 -- 310 CXXIV. Paris 21 mars 311 CXXV. -- 5 mai 315 CXXVI. -- 11 -- 316 CXXVII. -- 21 -- 318 CXXVIII. -- 1er juin 321 CXXIX. -- 16 -- 323 CXXX. Fontainebleau 25 -- 326 CXXXI. Paris 12 juillet 329 CXXXII. -- 16 -- 332 CXXXIII. -- 21 août 334 CXXXIV. -- 23 -- 336 CXXXV. Biarritz 27 septembre 338 CXXXVI. Biarritz 1er octobre 339 CXXXVII. Paris 8 -- 342 CXXXVIII. Cannes 20 -- 344 CXXXIX. Cannes 27 -- 346 CXL. Paris 9 novembre 348 CXLI. Compiègne 18 -- 349 CXLII. -- 22 -- 352 CXLIII. Paris 7 décembre 353 CXLIV. Cannes 30 -- 356
FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME
615-80.--CORBEIL. Typ. et stér. J. CRÉTÉ.