II (continued 2)
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Accablé par la voix des forêts mugissantes, Vous inventiez Cordoue, ses palais et ses bains, La fille de l'alcade, altière et rougissante, Qui, trahissant son âme offerte aux chérubins, Soupire auprès d'un jeune et dédaigneux rabbin…
Les frais torrents du Hartz et la mauresque Espagne Tour à tour enivraient votre insondable esprit. Que de pleurs près des flots! de cris sur la montagne! Que de lâches soupirs, ô Heine! que surprit La gloire au front baissé, votre sombre compagne!
Parfois, vers votre coeur, que brisaient les démons, Et qui laissait couler sa détresse infinie, Vous sentiez accourir, par la brèche des monts, Les grands vents de Bohême et de Lithuanie;
Les cloches, les chorals, les forêts, l'ouragan, Qui composent le ciel musical d'Allemagne, Emplissaient d'un tumulte orageux, où se joignent Les résineux parfums des arbres éloquents, Vos Lieder, à la fois déchirés et fringants.
—Mais quand le vent se tait, quand l'étendue est calme, Vous repoussez le verre où luit le vin du Rhin; Le Gange, les cyprès, la paresse des palmes Vous font de longs signaux, secrets et souverains; Et votre oeil fend l'azur et les sables marins, Immobile, extatique et vague pèlerin!
Vous riez, et tandis que tinte votre rire, Vos poèmes en pleurs invectivent le sort; Vous chantez, justement, de ne pas pouvoir dire Les sources et le but d'un multiple délire, Rossignol florentin, Grèbe des mers du Nord, Qui mélangez au thym du verger de Tityre Les gais myosotis des matins de Francfort.
—J'ai vu, un soir d'automne, au bord d'un chaud rivage, Un grand voilier, chargé de grappes de cassis, Ne plus pouvoir voguer, tant le faible équipage, Captif sous un réseau d'effluves épaissis, Gisait, transfiguré par le philtre imprécis D'un arome, grisant plus encor qu'un breuvage.
O Heine! ce parfum languissant et fatal, Cette vigne éthérée et qui pourtant accable, N'est-ce pas le lointain et pressant idéal Qui vous persécutait, quand de son blanc fanal La lune illuminait, dans les forêts d'érables, Vos soupirs envolés vers sa joue de cristal!
—Vous me l'avez transmis, ce désir des conquêtes, Cet enfantin bonheur dans les matins d'été, Ce besoin de mourir et de ressusciter Pour le mal que nous fait l'espoir et sa tempête; Vous me l'avez transmis, ô mon brûlant prophète, Ce céleste appétit des nobles voluptés!
O mon cher compagnon, dès mes jeunes années J'ai posé dans vos mains mes doigts puissants et doux; Bien des yeux m'ont déçue et m'ont abandonnée, Mais toujours vos regards s'enroulent à mon cou, Sur le chemin du rêve où je marche avec vous…