SAINTE GENEVIÈVE (ÉGLISE)
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L'église Sainte-Geneviève est, comme on sait, une basilique dont la construction, au moins quant à l'achèvement, est moderne. L'édifice, après avoir, suivant les vicissitudes des temps, changé plusieurs fois de destination, fut enfin, par un décret du Prince-Président, depuis l'Empereur Napoléon III, consacré sous l'invocation de sainte Geneviève, la glorieuse patronne de Paris, à laquelle dans cet ouvrage nous ne saurions refuser quelques pages. Mais les travaux d'hagiographie n'ont guère été qu'occasionnellement le but de nos études; aussi nous sommes heureux de trouver, dans le savant ouvrage de Félibien et Lobineau, une Notice sur la Sainte écrite avec un singulier charme et qui, par ce qu'un écrivain illustre appelait «la candeur de la narration,» nous a ravi. Il nous sera permis d'en détacher quelques feuillets.
«Il y avait pour lors (451), à Paris, une sainte vierge nommée Geneviève, dont le père s'appelait Sévère et la mère Géronce. Sa sainteté avait été prédite dès son enfance par saint Germain, évêque d'Auxerre, lorsqu'allant combattre l'hérésie des Pélagiens dans l'île de Bretagne, il passa par Nanterre, village à deux lieues de Paris. Un témoignage d'un tel poids, joint au genre de vie que cette sainte fille pratiquait depuis plusieurs années, l'avait mise en grande réputation dans le public. Elle ne voulut toutefois user de son crédit que pour le bien des autres. Voyant toute la ville en émeute sur la nouvelle des ravages d'Attila, elle essaya de calmer les esprits de ses concitoyens. Elle les exhorta à mettre leur confiance en Dieu, à fléchir sa miséricorde par la prière et par le jeûne, à ne point quitter la ville, en les assurant qu'ils n'auraient rien à craindre et que Paris ne recevrait aucun mal. Plusieurs déférèrent aux paroles de la Sainte, mais il y en eut d'autres qui prirent occasion de sa prophétie pour conspirer contre elle et la faire passer pour une magicienne tandis que l'ennemi était prêt à fondre sur eux. La rage et l'animosité allèrent jusqu'à délibérer de quel genre de mort ils la feraient périr: si elle serait lapidée ou jetée à la rivière; lorsque l'archidiacre d'Auxerre arriva à Paris et dissipa ce complot. «Gardez-vous bien, dit-il, d'exécuter un dessein si criminel; j'ai souvent ouï le saint évêque Germain louer la vertu de cette fille devant tout le monde.»
«La suite justifia la prédiction de la Sainte; Attila changea sa marche et n'approcha pas de Paris.» Cette ville, quelques années après, fut assiégée par les Francs que commandait Chilpéric. Bientôt les vivres manquèrent et la famine se faisait vivement sentir lorsque sainte Geneviève, s'étant rendue à Arcis-sur-Aube et à Troyes, en ramena plusieurs grands bateaux chargés de blé qu'elle fit entrer dans la ville à la vue des ennemis qui vainement tentèrent de s'y opposer. Chilpéric néanmoins s'empara de Paris dont il fit sa capitale et, quoique païen, ce prince témoigna pour la Sainte d'une vénération singulière au point de ne jamais rien lui refuser. Certain jour cependant «résolu à employer la dernière sévérité contre des criminels condamnés à mort, il sortit de la ville dont il fit fermer les portes, pour se mettre à couvert des sollicitations de la Sainte.» Mais celle-ci, parvenue à s'échapper de la ville dont les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes pour lui donner passage, arriva jusqu'au roi qui ne put lui refuser la grâce des condamnés.
C'est au zèle de sainte Geneviève qu'on dut, sous le règne du même Chilpéric, la construction d'une église; «la première que l'on sache avoir été élevée sur la sépulture de saint Denis et de ses compagnons.» D'après d'autres historiens cependant, une chapelle existait en cet endroit avant l'invasion des Francs.
«Sainte Geneviève, quoique très âgée et usée d'austérités, vécut encore plusieurs années pendant lesquelles elle eut la joie de voir le grand Clovis, fils de Chilpéric, renoncer au culte des idoles pour embrasser la religion chrétienne.... Enfin, comblée d'années et de mérites, elle mourut à Paris le 3 janvier de l'an 509.» Clovis, qui avait eu toujours pour la Sainte une profonde vénération, voulut qu'une grande église ou basilique s'élevât sur le lieu même de sa sépulture où déjà les fidèles s'étaient empressés d'ériger un petit oratoire en bois. Cette église fut dédiée sous l'invocation des apôtres St-Pierre et St-Paul.
L'église de Sainte-Geneviève, qui la remplace, commencée en 1757, d'après les dessins de Soufflot, ne fut terminée que vers 1789 ou 1790, et, l'année suivante, un décret de la Convention décida qu'elle servirait, sous le nom de Panthéon, à la sépulture des grands hommes. En 1806, un décret de Napoléon Ier rendit l'édifice au culte catholique, et pendant la Restauration, des travaux considérables furent exécutés à l'intérieur pour la décoration de l'église qui n'en fut pas moins, après les évènements de 1830, de nouveau transformée en Panthéon. Ce scandale heureusement a cessé.
Dans la basilique, au-dessus d'un autel à droite, se voit la châsse renfermant les reliques de la Sainte. «Cette châsse, dit le chanoine Godescard, se portait en procession dans les calamités publiques, et on a plusieurs fois éprouvé les effets sensibles de la puissante protection de la servante de Dieu auprès du Seigneur. On lui dut surtout la cessation de la cruelle maladie, connue sous le nom de Mal des Ardents, parce qu'elle consumait ceux qui en étaient attaqués par un feu secret et meurtrier.»
Le village de Nanterre où la Sainte naquit, vers l'an 422, reste le lieu d'un pèlerinage célèbre qui, chaque année, à l'époque de la fête, attire un grand concours de fidèles comme plus tard de curieux pour le couronnement de la Rosière. Près de l'église on montre encore le puits témoin d'un miracle que racontent tous les hagiographes. Geneviève qui, âgée de sept ans à peine, déclarait à saint Germain ne vouloir pas d'autre époux que Jésus-Christ, ne s'estimait jamais plus heureuse que quand elle pouvait aller à l'église. Sa mère un jour refusant de l'y conduire, elle ne put retenir ses larmes, et la supplia de la façon la plus pressante de ne pas lui refuser cette grâce. La mère, obstinée à dire non, voyant que l'enfant insistait, perdit patience, et emportée par la colère, elle donna à Geneviève un soufflet. La punition fut prompte, car à peine le coup était porté, que Géronce sentit un voile s'étendre sur ses yeux; la clarté du jour devint pour elle comme les plus profondes ténèbres de la nuit; et maintenant c'était elle qui devait emprunter la main de l'enfant pour la conduire non pas seulement à l'église ou au village, mais même au jardin. «Ce ne fut que près de deux ans après, dit Godescard, qu'elle recouvra la vue en se frottant les yeux avec de l'eau que sa fille avait tirée du puits et sur laquelle elle avait fait le signe de la croix[76]».