Note 76 — LANCELOT DU LAC. (continued 3)
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À l'entrée du château, ils entendirent parmi les rues les gens chanter et caroler, en tenant dans leurs mains cierges et chandelles: «Bien venu soit, disaient-ils, le preux chevalier qui a délivré notre seigneur!» À la porte de la salle, ils trouvent le vieux Trajan qui allait au devant d'eux, en pleurant de joie de revoir son fils. On s'empresse autour de Lancelot; c'est à qui pourra l'aider à descendre et à désarmer: on dispose son lit, on le couche et Melian l'ayant quelque temps regardé: «Sire, dit-il, s'il ne vous déplaisait, je demanderais si vous ne seriez pas de la maison du roi Artus?—Oui, pourquoi le demandez-vous?—Comment pourrais-je l'oublier! Vous êtes assurément celui qui déferra à Kamalot le chevalier navré[76].—Oui, et je me souviens assez de tous les ennuis que cette affaire m'a causés.—Savez-vous quel était celui qui vous dut sa délivrance?—Non; mais je sais que je fus, à cause de lui, retenu en prison près de deux ans.—Ah sire! soyez entre tous béni! C'est moi que vous avez déferré: et nous vous devons, mon frère et moi, la fin de nos maux. Ce n'est pas tout. Vous avez en même temps guéri notre père qui n'était guère en meilleur point. Écoutez-moi: À l'extrémité de cette forêt, demeure un chevalier félon d'une force prodigieuse: il est plus grand même que Galehaut: c'est Karadoc de la Tour douloureuse. Son frère, aussi déloyal et aussi cruel que lui, m'avait percé des glaives dont vous m'avez déferré. Quoique navré, j'eus la force de le frapper à mort: de là, une haine sans merci entre notre famille et la sienne. Une fois, il assaillit mon frère Adrian qui, après une défense prolongée, demeura navré comme vous avez vu. Par une insigne cruauté, Karadoc ne lui donna pas le coup mortel, aimant mieux prolonger ses douleurs. Il le fit transporter dans son château et après l'avoir fait longtemps languir dans un souterrain humide, la mère de Karadoc, qui passe en méchanceté toutes les autres femmes, le tira de cette chartre pour ajouter encore à ses tourments. Comme elle avait le secret des charmes et des enchantements, elle le fit entrer, à l'aide de paroles magiques, dans le coffre d'où vous l'avez levé; par la vertu de ces paroles, il n'en devait sortir que quand le meilleur des chevaliers parviendrait à l'en tirer sans lui causer de douleur et sans même remuer le coffre. En attendant, mon frère ne pouvait ni mourir, ni pressentir la fin de ses maux. Après l'avoir ainsi destiné, elle le fit porter devant le château, pour le montrer dans cet état à toute sa parenté. Rien ne peut se comparer au chagrin qu'en ressentit notre seigneur de père. Il devint sourd, perdit l'usage de ses membres, et nous aurions tous préféré la mort à d'aussi grandes infortunes. La mesure n'en était pourtant pas comblée. À quelque temps de là je chevauchais dans la forêt avec deux oncles miens et d'autres de notre lignage; nous vînmes à parler de mon père et de mon frère, et tout en pleurant je m'écriai: Ah! beau sire Dieu, mon père peut-il espérer de jamais guérir! Une demoiselle montée sur palefroi amblant vint alors à croiser notre chemin et dit en passant: «Oui! mais l'un ne guérira pas avant l'autre.» Nous restâmes interdits. Vainement j'essayai de la joindre; j'y perdis mes peines et n'ai pu découvrir qui elle était. Je savais seulement que mon frère ne serait guéri qu'après avoir été levé du coffre. Mais, dès qu'il en fut sorti, grâce à vous sire chevalier, mon père marcha et entendit, ce qu'il n'avait pas fait depuis deux ans. Si les plaies de mon frère étaient visitées par un bon mire, je pense qu'elles se fermeraient comme les miennes se fermèrent, quand vous m'eûtes déferré.»