← Table of contents
Les Romans de la Table Ronde (4/ 5)

Note 69 — LANCELOT DU LAC. (continued 3)

Reading edition

On l'appelait tantôt le Val sans retour, tantôt le Val des faux amants, et voici comment il avait commencé. On sait que Morgain, la sœur du roi Artus, eut plus qu'aucune autre le secret des charmes et des enchantements: elle avait tout appris de Merlin. Pour mieux se rendre la science familière, elle avait laissé la compagnie des hommes et s'était enfoncée dans les grandes forêts; si bien que maintes gens ne la croyant plus une femme l'appelaient Morgain la fée, et même Morgain la déesse. Elle avait longtemps mis son amour et son cœur dans un chevalier dont elle se croyait uniquement aimée; mais il la trompait, en lui préférant une demoiselle de grande beauté, qu'il ne voyait que rarement, tant était grande la jalousie et la clairvoyance de Morgain. Un jour cependant, ils étaient convenus de se rencontrer au fond de ce val, le plus riant, le plus beau qu'on puisse imaginer. Morgain fut avertie, elle courut et les surprit comme ils se donnaient les plus tendres témoignages d'amour. Peu s'en fallut qu'elle n'en mourût de douleur; mais revenant bientôt à elle, elle jeta sur le val un enchantement dont la vertu était de retenir à toujours tout chevalier qui aurait fait à son amie la moindre infidélité d'action ou de pensée: son ami fut la première victime du charme: quand il voulut s'éloigner, il sentit qu'il était arrêté par une force invincible. La demoiselle fut plus cruellement traitée. Elle se crut enfermée dans la glace jusqu'à la ceinture et, de la ceinture à l'extrémité des cheveux, dans un feu ardent. Depuis ce jour, il n'y eut pas un chevalier amoureux qui pût, une fois entré, trouver le moyen de sortir de ce val. Morgain avait encore destiné que la voie resterait ouverte pour le chevalier qui n'aurait jamais rien senti de l'aiguillon des désirs, et pour celui qui n'aurait pas à se reprocher la moindre infidélité amoureuse. À celui-ci était réservée la vertu de détruire l'enchantement. Morgain croyait en avoir assuré l'éternelle durée. De leur côté, les chevaliers qui connaissaient la force de la conjuration se gardaient de mettre le pied dans le Val, persuadés que ce n'était pas un d'eux qui pourrait en triompher; mais d'autres ignoraient le charme, et s'y étaient laissé prendre[69].

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings