Note 6 — LANCELOT DU LAC.
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Revenons au roi Ban, que nous avons laissé franchissant la petite porte du château de Trebes, avec la reine, leur enfant et un fidèle sergent. Ils chevauchèrent une heure avant le retour du jour, et gagnèrent ainsi la forêt qui devait les conduire à l'entrée du royaume de Gannes. Là se dressait une haute montagne d'où l'on pouvait découvrir tout le pays. L'aube venait de crever; Ban ne put résister au désir de jeter un dernier regard sur son château bien-aimé. Il fit arrêter la reine au bas du tertre et chevaucha péniblement jusqu'au sommet. Mais quelle douleur, en voyant les murs éclairés de sinistres lueurs, les moutiers crouler, le feu jaillir çà et là, l'air tellement embrasé que la flamme semblait en montant joindre le ciel à la terre! Trebes avait été sa dernière espérance; que lui restait-il? Une jeune femme nourrie dans les grandeurs, maintenant réduite au dernier dénûment: celle dont les ancêtres remontaient au roi David[6] allait être réduite à réclamer la pitié des autres, à nourrir son enfant du pain amer de l'exil. Et lui, pauvre vieillard, naguère riche d'amis et d'avoir, l'honneur de toutes les bonnes compagnies, comment pourrait-il soutenir une fortune aussi contraire? Toutes ces pensées refoulent alors son cœur avec tant d'amertume que les sanglots l'étouffent, il se pâme et glisse à terre sans mouvement. Quand il revint à lui: «Ah! Seigneur, je vous rends grâces de la fin qu'il vous plaît m'envoyer. Vous avez vous-même souffert la pauvreté et les tourments. Je n'ai pu sans de grands péchés vivre dans le siècle; je vous en réclame pardon. Ne perdez pas mon âme, vous qui êtes venu de votre sang nous racheter. Faites que mes torts reçoivent ici leur châtiment, ou, si mon esprit doit être tourmenté par delà, qu'au moins un jour plus ou moins éloigné me réunisse à vous. Ah! beau Père spirituel, prenez pitié de ma femme Hélène, sortie du ce haut lignage que vous avez conduit au royaume aventureux: remembrez-vous de mon fils, pauvre et tendre orphelin; car les pauvres sont en votre garde et vous les devez protéger avant tous les autres.»