Note 16 — LANCELOT DU LAC.
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Le roi rougit de confusion en écoutant ces paroles. Les chevaliers assis autour de lui laissaient le manger pour attendre ce que le prud'homme allait ajouter; mais le connétable Beduer s'approchant de l'inconnu: «Sire rendu,» lui dit-il, «attendez au moins que le roi soit levé de table. Ne voyez-vous pas que vos paroles troublent le festin et que ces nobles chevaliers cessent d'y prendre part?—C'est donc,» reprit le rendu, «que vous entendez m'empêcher de dire ce qui peut être de grand profit au roi, afin de vous donner tout le temps d'emplir et soûler un sac où les meilleures viandes doivent devenir ordes et infectes! Dieu me garde de remettre à dire ce qu'il peut être bon d'entendre! Qui êtes-vous pour me fermer la bouche? Êtes-vous plus vaillant et mieux prisé que Hervis de Rinel et Kaheus de Cahors, les sénéchaux du roi Uter, dont Dieu ait l'âme[16]? Ce n'est pas eux qui auraient empêché de parler celui qui venait réclamer secours!» À ces paroles, Hervis de Rinel quitta le haut de la table où il servait, car chez le roi Artus les vieux chevaliers demeuraient en charge comme les jeunes. Il s'avança vers le prud'homme les bras ouverts et le tint longtemps serré sur sa poitrine; puis se tournant vers le roi: «Croyez, sire, ce que vous dira ce prud'homme, car il a toujours eu le cœur enluminé de prouesse. C'est Adragain le brun, frère du bon chevalier Mador de l'Île-Noire, le vieux compagnon d'armes du bon roi Urien.»