Note 15 — LANCELOT DU LAC.
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Ne demeura guère que l'enfant rejoignît son maître et trois des compagnons: ils s'étonnèrent de le voir revenir sur un maigre roncin, tenant deux chiens en laisse, l'arc passé au col, le carquois à la ceinture. «Ce cheval n'est pas à vous, dit le maître; qu'est devenu le vôtre?—Je l'ai donné.—Et celui-ci, où l'avez vous pris?—On me l'a donné.—Je n'en crois rien: par la foi que vous devez à ma dame, qu'avez-vous fait?» L'enfant, qui n'eût voulu pour rien au monde se parjurer, dit l'échange du roncin, la rencontre du chevalier, le don de son chevreuil.—«Comment, reprend sévèrement le maître, avez-vous pu donner un bon roncin qui n'était pas à vous, et la venaison des forêts de ma dame?—Ne vous courroucez pas, maître; ce lévrier vaut deux bons roncins.—Par Sainte Croix! vous avez agi follement, et pour vous ôter la pensée de recommencer ...» Il n'achève pas, mais il lève la main et la laisse lourdement tomber sur l'enfant qu'il abat du cheval. Lancelot se relève, sans jeter un cri, sans faire une plainte. «J'aime pourtant mieux, dit-il, ce lévrier que deux roncins.» Le maître, de plus en plus irrité, saisit une de ces verges flexibles qu'on nomme encore courgie, et en cingle les côtes du pauvre lévrier qui jette de longs cris. Lancelot avait reçu patiemment la buffe de son maître, mais, en voyant frapper son chien, il entre dans une rage furieuse et, s'élançant sur le maître, il le frappe du bois de son arc, au point de lui entr'ouvrir le crâne et d'en faire jaillir le sang. L'arc s'était brisé, il en reprend les tronçons, revient au maître et lui en donne encore sur les bras, les épaules. Vainement les trois compaignons essaient de le retenir, il se retourne vers eux, tire trois flèches de sa trousse et menace de les frapper s'ils osent avancer. Ils aiment mieux lui céder la place: alors, montant sur un de leurs chevaux, l'enfant soulève le lévrier, le place devant lui, le brachet derrière, et c'est ainsi qu'ils arrivent à l'entrée d'une lande où broutait un troupeau de biches[15]. D'un premier mouvement il lève la main pour prendre son arc, et ne le trouvant plus: «Ah! maudit soit le maître, dit-il, qui m'empêche d'atteindre une de ces biches!» Et tout en regrettant d'avoir manqué une si belle occasion, il arrive au lac, franchit la porte, descend de cheval, salue sa dame et lui montre avec orgueil le beau lévrier qu'il ramène. Mais le maître ruisselant de sang avait déjà fait sa plainte. «Fils de roi,» dit la dame, d'un ton qui voulait paraître irrité, «comment n'avez-vous pas craint d'outrager ainsi le maître aux soins duquel je vous avais confié?