Note 12 — LANCELOT DU LAC.
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Pharien n'avait pas oublié les recommandations de la bonne reine de Gannes; il pourvut à la nourriture des deux enfants, prit un soin particulier de l'aîné et donna la maîtrise du plus jeune à son neveu Lambègue. D'ailleurs il n'avait confié le secret de la naissance de ces enfants à nul autre qu'à ce neveu et à sa femme, jeune et belle dame qui devait plus tard trahir sa confiance, et céder aux poursuites amoureuses du roi de la Déserte. Claudas, comme pour racheter ses torts, avait revêtu Pharien de la charge de sénéchal du pays de Gannes[12]. Mais il arriva que Lambègue eut connaissance de la mauvaise conduite de la dame, et, à compter de ce moment il avait voué une haine implacable au roi qui portait ainsi le déshonneur dans sa parenté. Pharien, averti par Lambègue, eut grande peine à croire à son malheur, car il pensait être aimé de sa femme épousée autant que lui-même l'aimait. Un jour que Claudas l'avait chargé d'un message, il fit semblant d'obéir et, à la tombée de la nuit, revint à son logis où il trouva le roi. Dans un premier mouvement de fureur, il avança pour le frapper: Claudas le prévint en s'élançant hors de la maison par une fenêtre. Le coupable échappé, Pharien jugea prudent de dissimuler: il vint au palais le lendemain, et tirant à l'écart Claudas: «Sire, dit-il, je suis votre homme lige, j'ai besoin de votre conseil. La nuit dernière, j'ai surpris dans la compagnie de ma femme épousée un de vos chevaliers.—Quel est-il? demanda vivement Claudas.—Je ne sais; ma femme a refusé de le nommer: mais il est de votre maison. Que dois-je faire? Et si telle chose vous arrivait, que feriez-vous?—En vérité, Pharien, répondit Claudas, si je le prenais sur le fait, comme cela paraît vous être arrivé, je le tuerais.—Cent mercis, mon seigneur!» Mais le roi n'avait ainsi parlé que pour mieux aller au-devant des soupçons de Pharien.