Note 90 — LANCELOT DU LAC. (continued 4)
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La demoiselle prépare le lit de celui qu'elle aime dans une chambre isolée, et quand tout le monde est endormi, elle se rend dans cette chambre avec une de ses pucelles qui tenait devant elle plein poing de chandelles. Elle s'arrête un peu en arrière du lit, s'agenouille et reste longtemps immobile dans cette position. Hector ne dormait pas, mais il avait ailleurs sa pensée. Enfin, l'apercevant, il tend les bras vers elle: «Belle demoiselle, dit-il, bien soyez-vous venue! Quel besoin vous amène ici?—Sire,» répond la pucelle, pleurant et rejetant sur ses épaules ses larges tresses, «ne pensez pas mal de moi si j'arrive à pareille heure: je ne viens que pour me plaindre de vous à vous; seul vous pouvez me faire droit.—Demoiselle, croyez bien que je suis prêt à amender le tort que j'ai pu faire. Quel est-il?—Sire, vous avez refusé mon père quand il offrit de me donner à vous. Me direz-vous la raison de ce refus?—Belle amie, ce n'est pas, Dieu m'est témoin, que vous ne soyez assez belle, assez sage, assez riche pour le plus vaillant des chevaliers; mais tant que je n'aurai pas achevé la quête que j'ai commencée, je ne dois pas prendre femme. Si je vous épousais maintenant, il n'en faudrait pas moins m'éloigner avant le soir, pour acquitter mon vœu[90]. Si la mort m'empêchait de revenir, vous auriez trop à regretter d'avoir engagé votre liberté.—Oh! que Dieu vous défende de la mort! Mais, chevalier, me promettez-vous au moins de ne pas prendre femme avant de m'avertir?—Non, demoiselle, car il peut arriver tel incident qui me conduirait à fausser ma promesse.—Alors, accordez-moi une autre grâce; c'est de ne pas vous engager pour raison de lignage ou de richesse, mais pour amour véritable.—Oh! cela, je le promets volontiers; vous pouvez être sûre que je ne mentirai pas.»