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Les Romans de la Table Ronde (3 / 5)

Note 84 — LANCELOT DU LAC. (continued 4)

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«Vous êtes, dit-il, dans un pays désolé par la guerre: parents, voisins, tous sont armés les uns contre les autres; je suis moi-même sur la défensive avec ceux qui devraient être mes amis. Voici à quelle occasion: quand le père de la dame que vous avez secourue avait vu le moment de sa mort approcher, il avait appelé sa fille unique et lui avait fait promettre sur les reliques de ne prendre conseil pour se marier que de ses hommes-liges[84], et de choisir celui que sa prouesse aurait le mieux recommandé. La demoiselle entendit de moi plus de bien qu'il n'y en avait, et me donna son amour. Je travaillai de mon mieux à m'en rendre plus digne. Un jour, ses parents, qui ne tenaient rien d'elle, vinrent lui proposer un époux: elle les reçut assez mal et répondit qu'elle entendait se marier non à leur choix, mais au sien. La réponse les irrita grandement: ils menacèrent de lui enlever son héritage, et se mirent à faire des courses sur ses terres. Un jour, ils surprirent la proie[85] qui venait de sortir du château: averti bientôt par le cri des pâtres, je fis armer les vingt-sept chevaliers chargés de la garde des murs, et, avec l'aide de Dieu, nous parvînmes à ramener les troupeaux. La joie fut grande au «retour: mes compagnons me donnèrent la plus grande part à leur victoire, si bien qu'ils conseillèrent à leur dame de me prendre pour époux. C'était là justement ce qu'elle souhaitait, mais elle jugea plus à propos de dissimuler: elle fit semblant d'y être peu disposée, et voulut que chacun d'eux lui dît par serment ce qu'ils en pensaient. Comme elle en avait l'espoir, ils s'accordèrent à louer le mariage proposé, et elle ne parut me choisir que par déférence pour leur avis. Quand ses parents apprirent son mariage, ils m'envoyèrent défier. Jusqu'à présent, je m'étais assez bien gardé; mais apprenant ce matin que j'étais sorti, seulement accompagné de trois chevaliers, à l'heure où madame avait coutume d'aller au moutier pour y lire ses heures, quatorze d'entre eux se mirent à ma poursuite, et les autres attendirent madame à la sortie du moutier: ils l'emmenaient quand vous les avez arrêtés, ainsi que vient de me l'apprendre l'écuyer votre guide. Vous avez tué celui dont ils suivaient les ordres, c'est un puissant chevalier dont la mort entraînera sans doute des représailles; puis, vous êtes venu me porter le secours dont j'avais tant besoin. Grâces vous en soient rendues, seigneur chevalier! À qui dois-je un si généreux service?»

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