Note 81 — LANCELOT DU LAC. (continued 4)
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Avant de rentrer dans ses chambres, elle rencontre Hector: «Pour Dieu, lui dit-il, qu'avez-vous, demoiselle?—Je suis trompée par celle qui trompe le monde entier.» N'en pouvant tirer autre chose, il la suit à son logis et la voit tomber sur un lit, perdue dans les sanglots. Le lendemain Groadain raconta à Hector ce qui s'était passé. «Il faut, dit celui-ci, retourner vers elle et la prier de me laisser partir. Je commencerais ma quête dès aujourd'hui, sans la crainte de lui déplaire.» La nièce resta inflexible; leurs raisons, leurs prières n'y firent rien. «Fi, fi! dit-elle; vous vous êtes tous entendus avec la reine contre moi. Sachez-le bien: non-seulement, Hector, je ne vous prierai pas de partir, mais si vous le faites, vous ne me reverrez pas, ou du moins je ne serai jamais à vous.» Les voilà plus désolés qu'auparavant. La reine, tout en s'indignant contre la demoiselle, ne pouvait cependant s'empêcher de compatir à sa peine. Elle va la retrouver avec la dame de Malehaut et lui témoigne toute l'amitié, tout le bon vouloir du monde, sans qu'elle en paraisse touchée. «Mais vous,» dit la reine à la dame de Roestoc, en passant dans une chambre voisine, «il faut que vous aimiez bien ce chevalier, pour tant désirer de le revoir.—Oui, madame; jamais je n'ai éprouvé pour un autre ce que j'éprouve pour lui. Dès que je l'ai vu, je sentis entrer dans mon cœur un amour qui s'est accru de jour en jour. Faites donc tant, madame, auprès d'Hector, si vous voulez que je vive, qu'il se mette en quête de mon chevalier.» En parlant ainsi elle tombe aux pieds de la reine, qui la relève toute pensive et fait appeler aussitôt la nièce de Groadain.—«Eh bien, lui dit-elle, êtes-vous revenue à de meilleures résolutions? Aimerez-vous plutôt perdre votre terre et même votre franchise, que d'accorder ce que nous vous demandons?—Si Hector, répond-elle, veut fournir cette quête, il peut aller; je ne lui en saurai bon ni mauvais gré.» Voilà Hector tout joyeux. «Mais, ajouta la demoiselle, s'il veut entreprendre la quête, il n'ira pas seul et j'entends le suivre.—Y pensez-vous, firent toutes les dames, et voulez-vous passer pour folle?—Folle ou non, je le suivrai.—Songez que s'il arrivait un cas de mauvaise fortune à votre ami, vous en subiriez les conséquences: les plus preux ne sont pas toujours les plus heureux. Si Hector est une seule fois vaincu, vous le serez également, et le vainqueur d'Hector fera de vous sa volonté.—Oh! répond-elle, s'il arrive mal à mon ami, je ne lui survivrai pas.» Cependant on lui on dit tant qu'elle consentit à demeurer. Hector aussitôt demande ses armes; il ceint l'épée, présent de la demoiselle de Norgalles que messire Gauvain venait de lui faire tenir, ainsi que le conte le dira tout à l'heure. Avant de lacer son heaume et ganter ses mains, il se rendit près du roi Artus, se mit à genoux et, devant les saints, il jura d'enquerre pendant un an le chevalier vainqueur de Segurade, et de dire au retour ce qui lui serait arrivé à son honneur ou à son désavantage. Puis il se hâta de lacer le heaume, pour cacher les pleurs qu'il ne pouvait retenir, et revint prier la reine de plaider sa cause auprès de sa dolente amie. La reine le mit au nombre des chevaliers de sa maison, et lui fit espérer d'être jugé digne à son retour de compter parmi les compagnons de la Table ronde. En ce temps-là, on ne pouvait aspirer à ce dernier honneur avant d'avoir fait acte signalé de prouesse, à la vue du roi ou d'après le récit des compagnons de la Table ronde. Mais quand d'autres gens d'honneur, barons ou dames, venaient témoigner des hauts faits d'un chevalier, la reine consentait parfois à le retenir de sa maison; et c'est ainsi qu'elle avait longtemps auparavant retenu Sagremor le desréé[81].