Note 76 — LANCELOT DU LAC. (continued 4)
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Il chevauche derrière elle dans un étroit sentier qui les conduit dans la forêt, puis devant un tertre hérissé de rochers: au milieu s'élevait une tour, et la tour tenait à une grande et belle maison ceinte de murs. «Entrons, dit la demoiselle, on vous apprendra avant de sortir d'ici les noms que vous désirez savoir.» Elle frappe à la porte; on ouvre. Mais quand messire Gauvain veut avancer, un chevalier lui crie du milieu de la cour: «On n'entre pas sans combattre.» Il se met en garde: le chevalier vient briser une lance sur son écu; mais, atteint plus sûrement, il vide les arçons. Messire Gauvain passe outre sur les pas de la demoiselle qu'il voyait entrer dans une salle de plain-pied: «Demoiselle, de grâce attendez-moi, lui dit-il.—Non; vous me retrouverez dans la plus belle chambre de la maison.» Cependant le chevalier abattu s'était relevé, et revenait l'épée haute: il frappe le cou du cheval qui fléchit, s'étend et meurt. Messire Gauvain, indigné d'être mis à pied, se dégage, court au chevalier, le fait tomber à terre; lui arrache le heaume et allait lui trancher la tête, quand d'une fenêtre une pucelle lui crie: «Arrêtez! arrêtez! je le prends sous ma garde.—En votre faveur, demoiselle, je lui pardonne; mais ce glouton a tué vilainement mon cheval.» Et il se hâte de rejoindre la Pucelle à l'épée, dans la salle la plus voisine. Là un second chevalier l'atteint d'un grand coup de lance qui porte sur l'écu sans l'entamer. Messire Gauvain le frappe d'une main plus sûre; il lui tranche le bras droit jusqu'à l'os, et le malheureux s'enfuit en retenant de l'autre main ses chairs pantelantes. Messire Gauvain gagne alors la seconde chambre. Près de la Pucelle à l'épée, était assise, dans une haute chaire, une seconde demoiselle plus belle encore: «Vous êtes, lui dit celle-ci, mon prisonnier; mais il ne tiendra qu'à vous de vous affranchir.» Alors deux chevaliers ouvrent la porte avec fracas, et fondent sur lui. Messire Gauvain les reçoit de pied ferme, et, levant sa bonne épée, fend le premier heaume et tranche les mailles de la coiffe. Le chevalier chancelle et va chercher un appui contre le mur. Le second chevalier frappait par derrière; messire Gauvain sans le regarder tourne le bras et d'un revers l'étend sur la jonchée[76]. «Apprends, glouton, dit-il, à mieux faire une autre fois. Est-ce là, demoiselle, la rançon que vous demandez, ou faut-il encore travailler à vous mériter?—Pour le moment, ce que vous avez fait suffit; mais vous n'êtes pas au terme de l'aventure.—Au moins vous, belle pucelle, dit messire Gauvain à celle qui tenait l'épée, vous devez nommer les deux chevaliers dont vous étiez en quête.—Attendez: nous ne sommes pas encore à la plus belle chambre.» Elle sort et messire Gauvain la suit jusque dans une salle des mieux parées. Au milieu se trouvait un lit à riches courtines, gardé par dix chevaliers armés de toutes armes, le heaume excepté. Le plus grand se tournant vers Gauvain: «Si vous avez intention de nous combattre, dit-il, il faut nous le promettre avant d'ouvrir ces courtines.—De grand cœur je le promets,» et messire Gauvain va aussitôt ouvrir les rideaux. Il voit étendu dans le lit un beau chevalier: mais de grandes plaies crevées sur son bras gauche et sa jambe droite répandaient autour de lui une puanteur insupportable. «Quel dommage! s'écrie-t-il, d'un chevalier si beau, si bien taillé!—Vous le plaindriez plus encore, reprend la pucelle, si vous connaissiez sa prouesse.» Et comme elle refermait la courtine, messire Gauvain se tourne et voit les dix chevaliers lacer les heaumes. «Vous pourriez, lui dit la demoiselle, éviter un combat aussi inégal, en payant le droit.—Quel droit entendez-vous?—Plein heaume de votre sang.—À Dieu ne plaise! j'aimerais mieux répondre à vingt ennemis. Sauf chevalier ou demoiselle, maudit qui peut demander un pareil droit!»