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Les Romans de la Table Ronde (3 / 5)

Note 45 — LANCELOT DU LAC. (continued 3)

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L'inconnu continue son chemin et le bon chevalier le suit. «Beau sire, lui dit l'inconnu, vous passerez la nuit chez moi, et demain matin nous irons où je vous ai dit.» Le bon chevalier se laissa héberger dans une maison qui longeait la rivière; et, le lendemain de grand matin, il s'arme, sort avec son hôte, en annonçant à la demoiselle et à ses écuyers, qu'il viendra les reprendre dès que l'aventure sera mise à fin. Pour être sûr de n'être pas découvert, il avait passé à son cou un vieil écu enfumé, au lieu de celui qu'il avait apporté la veille. En continuant à suivre le cours de l'eau, ils se retrouvèrent à l'entrée de Kamalot. Les murs, les tours, les moulins, rappellent alors à notre chevalier le jour de son adoubement. Il arrête son cheval, en laissant l'autre chevalier aller en avant et arriver le premier devant la maison du roi, située, comme tous les autres manoirs d'Artus, sur la rivière. Une dame était aux loges; c'était encore la reine qui suivait des yeux le roi partant pour la chasse. Elle avait levé sa guimpe[45] pour se défendre de la fraîcheur matinale, et était en simple surcot. Quand passa le premier des deux chevaliers, elle baissa sa guimpe, et celui-ci lui dit: «Madame, vous plairait-il me dire si vous êtes la reine?—Oui; pour quelle raison le demandez-vous?—Dame, pour un chevalier, le plus fou des chevaliers.—Est-ce de vous que vous entendez parler?—Oh! non.—De qui donc?» il ne voulut pas répondre à cette question, dans la crainte de nuire au compagnon qu'il avait perdu de vue, et il poursuivit son chemin. Peu de temps après, le bon chevalier arrive en face de la maison du roi. Des femmes lavaient leur linge dans la rivière: «N'avez-vous pas vu, leur demande-t-il, passer un chevalier?—Nenni, nous ne faisons que d'arriver.» Mais la reine, qui avait entendu la demande et la réponse, abaissant de nouveau sa guimpe: «Sire chevalier, dit-elle à haute voix, celui que vous cherchez est entré dans la forêt. Ne perdez pas un moment si vous voulez le rejoindre.» Il lève les yeux et reconnaît la reine. À ces mots: Ne perdez pas un moment, il pique son cheval des éperons sans répondre, mais sans détourner les yeux du visage de la reine. Le cheval qu'il ne dirige plus cède alors à l'envie de s'abreuver et descend dans la rivière. Le lit était profond, si bien que la bête enfonce et nage jusqu'à l'autre bord, défendu par les murs du palais. Elle revient, perd ses forces; le souffle lui manque; elle va disparaître avec celui qu'elle porte, quand la reine, qui suivait des yeux le Chevalier avec une attention presque égale, dit: «Sainte Marie! au secours!» Messire Yvain de Galles sortait pour aller rejoindre le roi: «Ah! messire Yvain, lui dit-elle, voyez ce chevalier; il va mourir s'il n'est secouru.» Yvain aussitôt pousse dans l'eau et arrive au chevalier, dont les flots avaient déjà plusieurs fois recouvert les armes; il le ramène à la rive. «Eh, beau sire! lui dit-il, comment n'avez-vous pas retenu votre cheval?—Vous voyez, sire, je le laissais boire.—Vous le laissiez plutôt noyer et vous noyer avec lui. Où alliez-vous donc?—J'entendais à suivre un chevalier.»

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